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19 Mars 2013 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Public cible : votre serviteur est ravi ce mois-ci. En tant que gros pervers, il est allé lorgner Spring Breakers. Et comme il est de gauche bien pensante, il est allé voir No. « Gros pervers de gauche », c'est pas tendance par contre. C'est mieux « petits vertueux de droite » ? Pas sûr.

 

No

Gael Garcia Bernal et Alfredo Castro

dans une Renault 11 cabriolet (autant dire le tip-top du hype dans les années 80)

 

Sur la forme, l'image de No est de type VHS et fait penser aux productions Eurociné[1]. Ça pique parfois les yeux, il n'y a pas d'éclairage, quelques contre-jours dégueulasses et un cadrage aléatoire. Aussi faut-il quelques minutes pour s'habituer à ce filmage – d'époque, écrit-on. Pourtant la mise en scène des archives présentées dans le film (spots de pub, de campagne, …) est plus léchée et le sentiment de transition se fait sentir. Sentiment et idée intéressante soulignés par la présence de quelques figures de l'époque – qui jouent leur propre rôle et ont soudain trente ans de moins une fois à la télévision.

A ce filmage peu commun s'oppose une trame scénaristique classique : celui de l'individu qui va, grâce à son obstination et son talent, mener à bien une mission malgré les réticences de ses proches, supérieurs ou interlocuteurs. En parallèle, la vie de famille du héros est fort compliquée. Avec une construction qui fait songer au récent Argo (Ben Affleck, 2012)[2], Larrain dessine un personnage principal assez complexe. René (Gael Garcia Bernal) est un jeune publicitaire dont la réussite sociale dépend de l'économie ultralibérale pinochienne et qui décide de prendre en charge la campagne de communication de l'opposition au ‘‘vieux’’. En effet, dans le cadre du référendum organisé pour valider la reconduction pour huit ans du général à la tête du Chili, celle-ci se voit offrir quinze minutes d'antenne durant la campagne. René a face à lui diverses figures d'opposition avec son ex-femme Veronica (Antiona Zegers), le réalisateur des spots Fernando (Nestor Cantillana) et quelques anciens du Parti communiste qui ne croient pas à son choix radical : ne pas faire une campagne sinistre qui dénonce les exactions du régime mais retenir une option plus ‘‘Coca-Cola’’ soit des chansons, de l'humour, de la joie. Quant au régime, il est d’abord représenté surtout par son boss Lucho (Alfredo Castro), personnage ambivalent, sympathique et inquiétant qui admire le talent de René et prend, trop tard, les rênes de la campagne du Oui.

Surtout le film est drôle. Ne négligeant pas de restituer le climat oppressant du pays, il opte pour un ton souvent léger et Larrain reprend à son compte l’idée de la campagne : ne pas rendre sinistre un sujet pourtant grave. Il alterne ainsi avec une certaine réussite les coups de matraque et les séquences qui prêtent à sourire. Nous retiendrons surtout l'improvisation des pubards pour justifier la présence de l'arc-en-ciel autour du mot ‘‘No’’ face à la vieille garde du Parti communiste (« socialiste. - Oui, socialiste... »).

 

nolan

 

Note de nolan : 2

 

No (Pablo Larrain, 2012)

 

 

[1]    Vu, sur le compte twitter du Dr Orlof, quelques exemples dans la bande annonce d'un documentaire sur cette maison de production.

[2]    Les films ont aussi en commun un côté nostalgique dans la reconstitution d'une époque récente. Mais ici, les micro-ondes et les skate-boards sont autant des gimmicks d’époque que des traces du simili american way of life du Chili. 

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Hélène 23/04/2013 22:04

Je comprends pas cette note, il vaut un 4 ce film de mon point de vue!

nolan 24/04/2013 07:46

Alors 4, à mon sens, non vraiment pas. Mais c'est vrai que 2 je fais (un peu) la fine bouche comme je l'ai écrit un peu plus haut dans les commentaires.

dasola 27/03/2013 10:48


Bonjour Nolan, j'ai trouvé cette campagne de "pub" assez originale qui parle au coeur et pas à la tête. Pour le coup, j'aurais bien aimé voir le vrai "clip" d'un quart d'heure. Bonne journée.

nolan 09/04/2013 18:06



Bonsoir Dasola, 


Pas sûr que le quart d'heure entier soit vraiment satisfaisant. Là dessus, Larrain a bien fait de ne sélectionner que ce qui était valable. 


A bientôt



Antoine 23/03/2013 23:30


Je n'ai pas vu le film mais j'en reviens à mes études sur la politique. En fait, deux questions se posent toujours :


1) A quoi sert la victoire ?


2) A quoi sert l'action politique si on ne gagne pas ?


Le problème est de savoir quelle est la question prioritaire. Et, dans le cas présent, pour le réalisateur. S'il est figé sur la première, sa vision du héros peut être assez critique. Si ce n'est
pas le cas, il peut, au contraire, développer une certaine bienveillance pour son personnage tout en le construisant (et considérant) comme un instrument.

Sylvain Métafiot 22/03/2013 02:41


J'ai plutôt bien apprécié le film mais je me suis demandé quel était réellement le propos du réalisateur.


 


J'extrapole sans doute mais on peut être très critique vis-à-vis du personnage de René pour qui le NON au référendum n'est qu'un produit publicitaire comme un autre.


 


Même après avoir gagné il ne semble pas spécialement euphorique et reprends, quelques jours, plus tard son activité comme si de (presque) rien n'était.


 


De fait, on peut comprendre le point de vue de ce militant communiste qui envoie chier le jeune publicitaire. Car pour la pub tout est un potentiel produit à vendre, que ce soit une boisson, une
voiture ou des idées politiques. Tout en excluant le passé, l'histoire, le conflit, la politique en somme, pour se figer dans un présentisme, certes efficace (la chanson est joyeuse et reste dans
la tête), mais totalement destructeur des valeurs censées êtres défendues par le camp du NON.

nolan 22/03/2013 10:14



René un personnage ''au milieu" et en effet on peut s'interroger sur ses sentiments une fois la victoire acquise et sur ses motivations durant la campagne (son ex-femme semble y jouer un rôle
déterminant). Très critique, je ne pense pas (il se fait insulter par ses alliés, se fait menacer par les hommes de Pinochet et ne dévie pas, sa conduite est exemplaire). Mais cette opposition
entre le monde de la pub et les défenseurs de la démocratie (qui ne sont pas tous fermés comme la vieille garde communiste) donne toute sa complexité au héros, à la fois rouage indispensable à la
victoire et élément périphérique au combat menés par les anti-Pinochet.



Brx 20/03/2013 09:25


Film bien sympa (tu aurais pu mettre 3 ou 2+) avec une reconstitution qui évite la kitscherie et fait plus réaliste que les films 70es ricains comme Argo (à qui le film fait penser
effectivement).


Surtout, je mets quiconque au défi de ne pas sortir de la salle en fredonnant dans sa tête  "Chile, la alegria ya viene", ils sont forts ces pubards !

nolan 20/03/2013 10:35



Oui sur la note, j'ai hésité. Mais je peux pas mettre 2+, sinon, je vais avoir encore plus de mal à m'en sortir. 


Je sifflote "Chile, la alegria ya viene" depuis 3 jours. 



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