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Passion, vanité

1 Mars 2013 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Retour sur le dernier De Palma dans Bribes et Fragments. J'avais trouvé que De Palma n'y croyait pas une seconde et portait sur son film un regard amusé (pour une oeuvre sans humour). D'un constat identique et un résultat similaire (Passion n'a de passioné que son titre), Antoine n'a pas le même ressenti.

 

 

 

 

Passion

Passion (2012)

 

Passion, vanité – Ce qui, immédiatement, frappe, dans Passion, c’est la distance. Dès la première image, trop évidente publicité placée pour ‘‘Apple’’, on sent le mépris de Brian de Palma pour son propre objet. Il pourrait, sur le canevas de  Crime d’amour, réaliser un petit bijou mais semble étrangement ne surtout pas le souhaiter. Pourtant, tout y est : des êtres interchangeables, de permanentes mises en abyme, des images multiples, envahissantes et d’autant plus dangereuses et incontrôlables que leur sens est incertain. Se rendant au bout de la spirale hitchcockienne, le réalisateur montre ingénieusement (avec un cul exhibitionniste et voyeur comme symbole) que tous les signes finissent par également se nier. Cependant, son geste, pour être original, n’est pas lynchien et de Palma refuse toute participation, fût-elle infime, au dérèglement. Est-ce par volonté de décrire plus justement le chaos ou peur de s’y noyer ? Peu importe, Passion, peut-être est-ce la raison de ce curieux titre, en est totalement dénué. Les couleurs parfois pétaradantes de José Luis Alcaine(1) ne sont qu’une illusion supplémentaire : l’absence d’austérité n’exclue pas un sérieux de tous les instants. On ne saurait s’attacher à ces personnages – Christine (Rachel McAdams), Isabelle (Noomi Rapace), Dani (Karoline Herfurth), Dirk (Paul Anderson) – aux actions et élans toujours calculés. Tous, malgré (à cause de ?) leurs perversions raffinées, sont épouvantablement antipathiques sans qu’aucun ne soit doté d’un véritable charisme maléfique. Dès lors, malgré des idées superbes (l’impossibilité notamment de la nécessaire annihilation d’un double qui se reproduit et se dissémine à l’infini), le film apparaît sans enjeu, bien éloigné de Vertigo, son modèle affiché. Encore un effet, probablement, du principe d’affirmation-négation. D’ailleurs, ce qui est révélé est détruit par le processus-même de la révélation, Passion avec. CQFD.

Il est impossible de piéger de Palma. Sa démonstration est sans failles. Quoiqu’on ne sache absolument pas pourquoi il voulait y arriver, force est de reconnaître qu’il parvient au point qu’il cherchait à atteindre. Curieux ‘‘grand film malade’’ qu’un chef-d’œuvre auquel son auteur préfère renoncer pour inventer un film performatif qui se consume dans sa volonté autodestructrice. Au surplus, la maîtrise de celui-ci – lui domine les images et contrôle même leurs innombrables combinaisons – est souveraine. Bien que vidé, son film est un parfait suspense qui hérisse le poil dans ses ultimes séquences. Sans doute le mieux est-il de bêtement en profiter et d’oublier que, en jouant ainsi avec nos nerfs, le cinéaste nous regarde observant ce qu’il met en scène. En effet, à quoi servirait-il de créer un nouveau degré de réversibilité dans l’anomie de Passion ? Assurément, à rien…

 

Antoine Rensonnet


(1) Habituel chef-opérateur de Pedro Almodovar, il travaillait sur La piel que habito qui rappelle un peu ce Passion. Mais l’humour d’Almodovar permettait d’accéder à ce vertige qui nous est ici refusé par la froide distance de Brian de Palma.

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