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Petit Tailleur

16 Octobre 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Arthur, petit tailleur, va-t-il se laisser aller auprès de Marie-Julie, la comédienne rêveuse mais perdue ? Un texte un peu long pour un moyen-métrage dont la courte notice ne sert qu'à annoncer tout le bien que je pense du film.

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Au commencement, il y a Arthur (Arthur Igual). Arthur, c'est le mec ni beau ni moche. Sympa et malheureux. Il attend toujours qu'un truc magique lui arrive et que sa vie devienne formidable mais ne croit pas que cela puisse arriver. Il court en permanence, toujours en retard. Arthur se voit comme un raté.

Il est tailleur goy chez un tailleur juif, ancien résistant (Grand Albert) qui compte bien lui passer le flambeau. Arthur pense qu'il ne mérite pas une telle opportunité. Bref, c'est le pote qui n’a jamais de bol et des fois on se demande s'il ne cherche pas un peu.

Et quand débute sa relation avec une actrice de théâtre (on dit poliment une comédienne), Marie-Julie (Léa Seydoux, déjà très belle mais ici sublimée), il doute en permanence attendant que cette histoire se finisse mal.

 

Lea-2.jpgLéa Seydoux

 

Marie-Julie est actrice de théâtre, elle est belle, elle est compliquée, capable d'aimer très fortement, sincèrement puis de vouloir soudain prendre ses distances. Elle parle bien parce qu'elle cite en permanence des extraits de pièces, mais la confusion des sentiments qu'elle trouve en jouant déteint sur sa vie. Bref, c'est la fille ultra-chiante dont on tombe amoureux en se disant qu'on ne sait pas trop dans quoi on met les pieds. Elle veut qu'Arthur la possède, il lui taille une robe, elle est heureuse. Il avoue qu'il ne s'agit pas d'une création originale. Arthur est un artiste, il a rendu cette robe belle mais ne sent pas créateur. Il ne peut admettre qu'en s'inspirant d'autres modèles, il fait quelque chose d'original. Pourtant la robe, taillée sur les mesures de Marie-Julie, est tout sauf du prêt à porter.

Il se cache derrière tout cela une jolie mais modeste métaphore du cinéaste-interprète. Difficile en effet de ne pas penser au réalisateur Louis Garrel, qui est un peu Arthur, l'employé (il ne passe pas encore le cap du long-métrage – le film dure 45 minutes –, il est fils de Philippe Garrel, …) et un peu Marie-Julie (il a beaucoup de charme, il est reconnu pour ses talents d'acteur, …). Mais si modestie il y a, le film ne manque cependant pas d'ambition. Louis Garrel cherche à jouer sur la distinction cinéma/théâtre. Ainsi, les protagonistes vont au théâtre mais nous ne verrons rien de la pièce car comme dit la voix-off (Louis Garrel) : "Le théâtre, soit on y va, soit on y va pas". Il y a aussi ce personnage du metteur en scène (Laurent Laffargue), presqu'irréel, qui créé chez Marie-Julie un sentiment de trouble provoquant une grande répulsion qui, on s'en doute, fait suite à une grande fascination. Ce metteur en scène qui bouge à peine alors que le tailleur court en permanence. Mais s'il y a distinction, Garrel fils créé aussi une certaine interaction entre les deux supports : il fait dire à Léa Seydoux quelques répliques de pièces classiques entre deux dialogues de cinéma qui eux font référence à des films classiques ("Et mes jambes ? Tu les imagines ?" dit-elle en Bardot 2010's). Enfin, il y a une excellente scène qui mériterait sans doute une analyse plus approfondie qui se passe dans la loge de la comédienne. Arthur rentre dans la loge de Marie-Julie, elle s'étonne de sa présence mais se réjouit très vite de le voir. Il lui offre la robe. Commence alors un subtil ballet. Cette scène joue des codes du théâtre avec l'entrée et la sortie des protagonistes de la scène (et l'apparition d'un troisième larron), de la position des personnages (assis, debout, assis sur les genoux, couchés) et de ceux du cinéma en mêlant des champs/contrechamps, reflets du miroir et point de vue à l'envers du décor (lorsque le tailleur attend dans l'escalier, ce qui est encore plus "hors-scène" qu'une loge). La scène se termine sur une double crise de panique pleine de non-dits et d'un quiproquo qui rend l'ensemble aussi dramatique que drôle. 

 

Lea-3.jpgLéa Seydoux

 

Dans l'ensemble le film n'est pas avare de gros plans – ce qui ne m'a pas trop plu. Et j'ai eu le malheur de le voir dans une copie en mauvais état (au MK2 Rambuteau à Paris, je dénonce) qui ne m'a sans doute pas permis d'apprécier le noir et blanc à sa juste valeur. Mais le film est bien éclairé jouant à merveille du grain de peau (de lait) de la comédienne face à celui plus sombre (et poilu) donc plus discret du tailleur. Enfin les dialogues finement écrits finissent de convaincre de la grande qualité du film. Si Louis Garrel se dessine comme un élève studieux mais doutant de son talent, gageons que cela n'empêche pas ce petit tailleur de voir plus grand.

 

nolan

 

Lea-4.jpgLéa Seydoux (merci France 2)

 

Note de nolan : 4

 

Petit Tailleur (Louis Garrel, 2010)

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