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Portrait d’une enfant déchue – Froid sur froid

12 Octobre 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films anciens

Premier film de Jerry Schatzberg, Portrait d’une enfant déchue, récemment sorti en DVD, possède dans l’esthétique et la construction d’évidentes qualités. Pourtant, le manque d’intérêt que suscite son héroïne signe, à nos yeux, son (relatif) échec.

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PDED 1

Faye Dunaway

 

Malgré d’éminentes qualités, notamment plastiques, Portrait d’une enfant déchue, premier film de Jerry Schatzberg, ne nous semble pas fonctionner. Il échoue, en effet, à susciter une réelle émotion quand celle-ci devrait l’irriguer et constituer son seul moteur dramatique. Ce n’est pas une question de personnage – l’héroïne, Lou Andreas Sand (Faye Dunaway), est mannequin – ni de milieu (logiquement, l’argent n’y fait guère défaut) dans lequel s’ancre l’histoire. Mais d’articulation entre la mise en scène et l’actrice.

La première se révèle pourtant superbe, Schatzberg construisant de magnifiques tableaux qui servent d’écrin à la beauté et à la chute de Faye Dunaway. Mais, à l’exception d’une image étonnante (Lou Andreas s’imagine victime d’un coup de feu tiré par son fiancé Mark – Roy Scheider) qui capte une énergie pop, elle est froide. Comme Dunaway. Les deux laissent voir leur perfection et ne parviennent à casser la distance qui les sépare. Dès lors, tout au long des quelques cent minutes du film, sans presque aucune exception (peut-être le moment où Faye Dunaway imite la Marlene Dietrich de Shanghai Express – Josef von Sternberg, 1932), le spectateur se sent éloigné de l’objet qu’il découvre. Admiratif, sans doute, à certains instants (ce qui suffit à convaincre du talent du jeune réalisateur), mais jamais réellement passionné. Nulle empathie de notre part pour le destin brisé de Lou Andreas, ses difficultés à se situer dans un univers factice, son amitié amoureuse ambigüe avec le photographe Aaron Reinhardt (Barry Primus), sa dépression, son addiction…

 

PDED 2

Faye Dunaway et Barry Primus

 

Le sujet, cependant, à défaut d’être original, ne manque pas d’intérêt : nous sommes invités à suivre l’itinéraire d’une femme, à partager son intimité, pour, éventuellement, connaître le secret d’un être – quitte à devoir remarquer, in fine, qu’il ne saurait y en avoir. Et la construction, en puzzle (comme l’indique le titre original), témoigne d’une évidente maîtrise. Schatzberg multiplie les flashbacks, révèle les événements dans le désordre, joue habilement de la confusion entre les temporalités et, surtout, du désordre mental de son héroïne. Les épisodes montrés ne sont probablement pas tous ‘‘vrais’’ car soumis à l’interprétation et, plus souvent encore, au délire de Lou Andreas. On songe, un peu, au Charles Foster Kane (Orson Welles) de Citizen Kane (Orson Welles, 1941), voire au couple Kurtz (Marlon Brando)/Willard (Martin Sheen) d’Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979). Pour constater que ne pouvoir complètement approcher le(s) personnage(s) centre(s) est, dans les trois cas, un principe fondateur de ces œuvres. Devrions-nous revoir notre jugement sur ce Portrait d’une enfant déchue ? Non. Il manque évidemment au film de Schatzberg la folie de ceux de Welles et Coppola. Mais aussi, l’envie, forcément frustrée, de comprendre l’énigme du héros. Pas de regret puisque, simplement, nous n’aimons pas, pas plus que nous la détestons, le rejetons ou la jugeons, cette Lou Andreas Sand. Le froid sur du froid laisse de glace. Il n’y a aucun mystère. Comme dans une réaction chimique…

 

PDED 3

Faye Dunaway

 

Notons, pour finir, que l’édition DVD est, comme toujours ou presque chez cet éditeur, particulièrement soignée et permet de découvrir dans les meilleures conditions le film. Ainsi l’image et la bande-son sont-elles de grande qualité ce qui souligne la beauté – trop lisse à notre goût – du travail de Jerry Schatzberg. Les bonus, eux, se composent d’une courte interview de Pierre Rissient, ‘‘découvreur’’ du film qui explique l’arrivée de Portrait d’une enfant déchue en France (et à quel point notre sentiment sur celui-ci est stupide…) et d’un long entretien entre Jerry Schatzberg et Michel Ciment qui revient sur la genèse de l’œuvre et permet de mieux connaître son réalisateur, ancien photographe dont la carrière a éclos en marge du nouvel Hollywood.

 

Antoine Rensonnet

 

Note d'Antoine Rensonnet : 3

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Antoine 09/01/2013 22:25


Esthétiquement, le film est superbe. Pour le reste, même s'il a une certaine complexité, il m'a laissé froid. Mais bon...

Amateur vieux films 09/01/2013 10:49


J'ai beaucoup aimé ce film, il est d'ailleurs magnifique en terme d'esthétisme. L'histoire est bien complexe, mais il en ressort un rejet de l'aspect et du paraitre qui sont trop rarement
représenté au cinéma, qui tend désormais à s'attacher à présenter des icones caricaturales.


Le film ne laisse aucune place au cliché, c'est la toute sa force.

Antoine 13/10/2012 20:33


Bonsoir à vous deux.


 


A Dasola : le film est construit, comme son titre original l'indique, en puzzle. Architecture volontairement complexe qui, si elle suppose un certain manque de lisibilité, me semble relativement
judicieuse puisqu'elle permet de traduire la confusion de l'héroïne, Schatzberg maîtrisant sa construction sans toutefois qu'elle ne donne un souffle immense à l'ensemble...


 


A Sylvain : Merci. Le film mérite d'être vu. Quant à la notation, elle s'avère compliquée. Il y a une opposition entre la beauté de l'ensemble, sa construction efficace, son ambition et le manque
d'émotion que j'éprouve. Entre l'objectif et le subjectif, en un sens. D'où une note "moyenne". Après 2 ou 3, cela peut se discuter. Mais, bon, de toute façon, comme l'avenir de l'oeuvre ne
dépend pas des points que j'accorde...

Sylvain Métafiot 13/10/2012 19:58


Une note néanmoins plutôt généreuse...


Malgré la folie qui semble manquer au film j'ai tout de même envie de le découvrir, ne serais-ce que pour sa beauté plastique.


Encore un bel article.

dasola 13/10/2012 15:50


Bonjour Antoine, j'ai enfin vu ce film quand il est ressorti à Paris. Esthétiquement, c'est vraiment beau: Faye Dunaway est sublime mais pour le reste, je n'ai pas compris grand-chose. Dommage.
C'est d'ailleurs pourquoi je n'ai pas fait de billet sur le film. Bonne après-midi.

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