Pourquoi tu pleures ? est un film drôlement triste. En apparence, il s'agit d'une simple comédie romantique mais, rapidement, s’y distille un goût amer. L'ensemble est plutôt bien emballé même si l'on a bien compris que les acteurs et l'histoire priment avant tout.
---------------------------------------------------------------------------------------
Benjamin Biolay et Emanuelle Devos
"Cui-cui" (Benjamin Biolay) a accepté de se marier avec Anna (Valérie Donzelli) parce que, après tout, pourquoi pas ? Cela relève d'une formalité, son unique préoccupation étant de lutter contre un sentiment prégnant de solitude. Sauf que pour le coup, il est bien le seul à négliger le mariage quand l'ensemble de son entourage y accorde une importance capitale. Et, qu'il croit cette union sacrée synonyme de bonheur ou d'avilissement, chacun ne manque pas de faire connaître son point de vue. De prime abord, le film lorgne carrément vers Quatre mariages et un enterrement (Mike Newell, 1994) avec ses familles hystériques ou étrangères, ses coutumes cocasses et sa sœur, "Coin-coin", aussi déchaînée que résignée. Ce personnage interprété par une excellente Emmanuelle Devos est à l'image du film : c'est d'abord un faire-valoir comique classique que l'on voit souvent dans les comédies françaises (par exemple L'Arnacœur de Pascal Chaumeil – 2010) mais qui s'avère assez complexe et pas forcément bon (dans le sens de bonté). De même, "Cui-cui", s'il est séduisant et si son détachement puis sa soudaine perplexité emportent l'adhésion du spectateur, est un peu salaud, un peu égoïste et inconstant. Et nous sommes ravis de voir que la réalisatrice Katia Lewkowicz, dont c'est le premier film, se garde bien de chercher une morale voire une explication aux comportements des uns et des autres. Ce qui ne signifie pas que le métrage n'a rien à dire. Au contraire, il retranscrit plutôt bien les dissemblances entre conventions sociales et sentiments. Le filmage laisse beaucoup de place aux acteurs et pas grand-chose au cadre, le montage parallèle final, lui-même, n'étant pas très audacieux quand le propos, pas bien gai, touche juste. Hormis l'introduction bien construite dans laquelle le spectateur est un peu perdu avant de recoller les morceaux au fur et à mesure sans recours à des dialogues explicatifs, tout se concentre sur le plaisir pris par les acteurs à interpréter leurs personnages. Dans l'ensemble il est communicatif à l'exception du personnage d'Anna qui s'oppose à celui d'une chanteuse de cabaret fort touchante (Sarah Adler). Anna est agaçante et rarement attendrissante, ce qui, à notre sens, s’avère une erreur. "Cui-cui" ne « l'aime » sans doute pas pour rien et il aurait peut-être mieux valu brosser un portrait moins dur de cette fiancée.
nolan
Note de nolan : 2
Pourquoi tu pleures ? (Katia Lewkowicz, 2011)
« Je suis de mon cœur le vampire,
– Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire ! »
Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos (extrait)
Le cinéma est l’art du XXe siècle mais un art vampire ; vampire des autres arts devenu, avec le temps, celui de son propre cadavre… Et le vampire est son héros (son mythe ?) principal.
Ces textes et notes lui sont dédiés.
Antoine Rensonnet (Ran)
0 : nul
1 : très moyen
2 : pas mal
3 : bien
4 : très bien
5 : Chef d'oeuvre
Et pour savoir ce que pensent 21 blogs cinéphiles :
PANOPTIQUE (admin : Jean-Luc Lacuve)
Derniers Commentaires