Prometheus

27 Juin 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Un projet foireux. Evidemment. Alien ne pouvait se découvrir de géniteur. Prometheus ne pouvait être qu’une énorme machine tournant désespérément à vide dans laquelle Ridley Scott allait gâcher son talent. On eût néanmoins pu espérer que celui-ci parte un peu moins dans tous les sens et dose mieux ses nombreuses images spectaculaires. Mais, bon, raté pour raté…

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Prometheus 1Le cœur de la ‘‘pyramide’’

 

Alléchante perspective que de voir Ridley Scott revenir à la science-fiction ? A bien y réfléchir, celui-ci court vers un inévitable échec en voulant donner un ‘‘prequel’’ à Alien. Prometheus possède, lui aussi, un nom programmatique. Mais, si Scott a réussi à créer l’Autre, c’est parce que la place de Prométhée était déjà prise. En 1979, en effet, il inventa un avenir à la science-fiction post-2001, L’Odyssée de l’espace[1] (Stanley Kubrick, 1968) en absorbant, partiellement, le monstre kubrickien. Alien devait ainsi s’épanouir en reprenant quelques-uns des motifs dominants de son glorieux prédécesseur (un vaisseau isolé dans l’espace, une Terre devenue un fantôme, des êtres perdus et rencontrant l’inconnu, l’incompréhensible, la peur et eux-mêmes…) mais surtout en introduisant une composante supplémentaire qui devait tout changer : le féminin. Avec Ellen Ripley (Sigourney Weaver), un ordinateur central simplement nommé ‘‘Mother’’, des corps (ceux du Nostromo et du xénomorphe compris) ouverts, découpés, mutilés, recomposés. De même qu’il ne pouvait que remarquer la petite culotte du lieutenant Ripley, le spectateur était sommé de regarder cet étalage de tripes et de cavernes. Dans Alien, l’enveloppe ne cachait plus les entrailles et nous étions, en permanence, ramenés à l’origine. C’était là un curieux film de science-fiction féministe dont l’immense pouvoir d’attraction se résumait en une sensation confuse et difficile à admettre : sans qu’il ne soit besoin de mobiliser le cliché castrateur, la figure de la mère terrorisait. Une voie prospère s’ouvrait et Alien connut, logiquement, de nombreuses suites (Aliens de James Cameron en 1986, Alien3 de David Fincher en 1992, Alien Resurrection de Jean-Pierre Jeunet en 1997), plus ou moins réussies, qui, toutes, furent des variations sur le même thème.

 

Prometheus 2Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) et David (Michael Fassbender)

 

Sans doute Ridley Scott souffrit-il de voir son enfant s’émanciper avec un tel succès. D’où, peut-être, la volonté de se réapproprier l’univers qu’il avait façonné et ce tardif Prometheus. Mais, on l’aura compris, il était impossible, par essence, de donner un père à Alien. Le réalisateur a-t-il vraiment cru à ce projet insensé ? Cela reste difficile à déterminer. En tout cas, il semble ne pas craindre grand-chose, surtout pas le ridicule, et ne fait montre d’aucune subtilité pour se confronter à sa légende, à ses grands rivaux hollywoodiens du moment (dont Cameron, voire Fincher…) et même, comble de l’absurdité, à 2001, l’Odyssée de l’espace. Il reprend les éléments du chef-d’œuvre (du prologue situé sur Terre à la création de l’Homme), intelligemment laissés de côté dans Alien, les mélange, dans un gigantesque fatras, à tout et à peu près n’importe quoi (Peter Weyland – Guy Pearce – est ainsi un évident double du professeur Tyrell – Joe Turkel – de Blade Runner…) et ne laisse plus la moindre place à l’imagination du spectateur. Prometheus, à des années-lumière d’Alien, n’est qu’un trop-plein dégoulinant et explicite. Noyés dans la masse, les principaux personnages peinent à émerger et la plupart des acteurs (Charlize Theron, Idris Elba, Logan Marshall-Green…) doivent se demander ce qu’ils sont venus faire dans cette galère. Noomi Rapace et Michael Fassbender (respectivement dans les rôles de la scientifique-aventurière Elizabeth Shaw et de l’androïde David) s’en sortent toutefois avec les honneurs. On admettra également que Scott, doté d’un budget quasi-illimité, a conservé une parcelle de son talent et signe quelques séquences réellement spectaculaires. C’est tout de même bien court et surtout beaucoup trop long, la lassitude gagnant rapidement au cours de ces deux heures surchargées qui se limitent, en fin de compte, à un interminable festival de prouesses techniques.

 

Prometheus 3David


Prometheus est donc une déception. Mesurée, cependant, car il ne pouvait en être autrement. C’est là la vraie bonne nouvelle : il ne saurait y avoir de matrice à une matrice. L’Homme – et le génie qui, parfois (rarement) l’accompagne – ne procède de rien. Inutile de chercher plus loin.

 

Prometheus 4Le vaisseau Prometheus

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 1

 

Note de nolan : 2

 

Prometheus (Ridley Scott, 2012)



[1] Trois ans plus tard, il compléta son œuvre de refondation avec l’immense Blade Runner – on y reviendra.

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L. 27/06/2012


Tiens, je m'étais fait devant l'écran la même réflexion que celle dans laquelle s'origine votre billet : le passage d'une thématique de la maternité - même si j'ai l'impression que c'est plutôt
chez Cameron qu'elle prend toute son ampleur - à celle de la paternité. Seulement, vous considérez cela comme l'élément qui condamne le film à l'échec, alors que j'y verrais plutôt, de mon côté,
le support de l'un de ses aspects les plus intéressants, et les plus inattendus, qui est la question posée : et si nous étions la création d'une puissance (divinité, Nature, consortium
extra-terrestre, au choix) mauvaise ? Il me semble que cette hypothèse et ses conséquences ont été assez peu explorés.


Évidemment, il est certain que le film n'en fait pas grand chose, et que cette question, comme tout le reste, reste traitée superficiellement et se perd un peu dans le tissu d'incohérences
général. Mais elle est posée (à moins que ce ne soit moi qui la "projette" dessus abusivement...) et a le mérite d'une certaine originalité (sauf erreur et méconnaissance de ma part...).
Peut-être la suite annoncée s'y attardera-t-elle un peu plus longuement, sinon plus brillamment (ce que je n'ose espérer).

Antoine 29/06/2012


A nolan : en fait, je n'ai pas l'impression que l'on ait de désaccord fondamental et pense que ton approche, peu concentrée, du film est (malheureusement) la bonne. Alors qu'il serait justement
dommage de se contenter de celle-ci pour Alien. Le problème, c'est que Scott arrive avec un passé brillant et chargé (comme Burton) ce qui oriente la vision d'un de ses films
(particulièrement quand il revient sur des terres déjà parcourues). Se pose toujours la même question : doit-on juger un film sur pièces ou dans une continuité ? Si on retient la première option,
Prometheus, comme Dark Shadows, peuvent apparaître comme des blockbusters moyens... En même temps, si on essaie d'oublier que Scott a réalisé Prometheus et Burton
Dark Shadows, va-t-on voir ces deux films ? Personnellement, j'en doute.


 


A L. : Il est certain que la thématique de la maternité est surtout développée dans Aliens de Cameron. Mais elle est déjà contenue dans le film de Scott. Son coup de génie, à mon
sens, est de ne pas complètement l'expliciter ce qui participe de la terreur confuse qui s'installe, d'une part, et ouvre la voie à une série de suites-variations-approfondissements. Cette saga
passée entre plusieurs mains qui creuse des motifs similaires est tout de même un cas unique...


Quant à l'idée que vous exposez, elle peut effectivement être, sur le papier, intéressante - même si la théorie de Dieux créateurs, bons ou mauvais, m'attire assez peu (doux euphémisme). Mais, de
toute façon, c'est tellement bâclé... Et, à la fin, j'ai vraiment envie de dire à cette brave Elizabeth Shaw d'arrêter ses recherches. Par ailleurs, il est assez symptômatique que, comme le
remarque nolan, la meilleure scène du film soit celle de l'accouchement par césarienne d'un alien renié par sa mère.


Dans la saga Alien, ce qui n'est pas encore le cas dans le premier film, la figure de l'enfant ne va pas tarder, elle aussi, à terroriser. C'est un point de l'approfondissement évoqué
plus haut.

Desmos 29/06/2012


Au final, tout le monde est d'accord pour dire que la principale (seule ?) réussite de Ridley Scott avec ce film est d'avoir su tourner une scène qui rivalise avec l'"accouchement" d'"Alien", en
matière de dégoût et de terreur, ce qui n'est pas rien. D'ailleurs, il est intéressant de voir qui si "Alien" porte sur la maternité, et Prometheus sur la paternité, c'est un homme qui est
"violé" dans le premier, et une femme dans le second.

Antoine 29/06/2012


Oui, Desmos, une double remarque fort judicieuse. Mais il se peut effectivement qu'il s'agisse là de la quasi-unique qualité du film. Ladite scène vaut le coup esthétiquement et pour ce qu'elle
porte (avec ou sans jeu de mots, j'hésite...). Ce n'est pas mal mais quand même insuffisant pour Prometheus dans son ensemble.

L. 01/07/2012


J'hésite à aller jusque-là, mais je me dis quand même qu'il y a quelque chose dans cette fameuse scène qui se joue de ce rapport paternité/maternité, qui pourrait, peut-être, sinon "expliquer" -
je doute qu'il s'agisse d'un choix pleinement conscient -, du moins donner un certain sens, à cette bizarrerie d'une machine médicale hyper-futuristico-perfectionnée qui n'est censée être capable
de soigner que les hommes.


Et qui se trouve dans les quartiers d'une femme.


Et qui n'est pas capable de faire la différence entre la configuration anatomique d'un homme et d'une femme quand il s'agit d'opérer. 


Bon, c'est soit ça, soit une incohérence majeure de plus à ajouter à une longue liste, à ranger sous la rubrique : "on avait besoin d'une scène choc, qui s'intéresse à la façon dont on la
justifie ?".

Antoine 01/07/2012


Je n'avais même pas remarqué ce point (comme mon collègue, j'ai probablement eu quelques absences durant la séance). Dois-je l'avouer, mais ma première idée par rapport à la question soulevée,
est qu'il s'agit probablement d'une incohérence supplémentaire. Bon, je vérifierai quand je reverrai ce Prometheus mais il est probable que ce soit pour tout de suite. Plus sérieusement,
il est probable qu'il y ait quand même quelques points à creuser dans le film de Scott mais il faudrait en éliminer tant d'autres pour le faire...

Flow 04/07/2012


Tout à fait d'accord. J'ai revu Alien (en blu-ray quel pied!) juste après pour être certain mais il n'y a aucun doute. Le plus gros défaut de Prometheus est de vouloir tout expliquer. Le film
était condamné d'avance tu as raison. Après, la forme est réussie. Est-ce suffisant pour sauver le film? A chacun de voir.

Antoine 05/07/2012


C'est un peu toute la question qui se pose dans la suite de commentaires. Par rapport à Alien, Prometheus ne vaut rien. Mais peut-il exister par lui-même et le spectacle qu'il
offre est-il, alors, suffisant ? La différence d'appréciation explique le petit désaccord entre mon collègue et moi-même qui se traduit par une différence de notation.

Antoine 08/07/2012


N'est-ce pas...

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