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Questionnaire Godard

4 Décembre 2010 , Rédigé par Ran Publié dans #Questionnaire

Proposé par Vincent d’Inisfree qui souhaite lui rendre un juste hommage à l’occasion de ses quatre-vingt ans, voilà un questionnaire consacré à Jean-Luc Godard. L’occasion de me rappeler quelques très grands moments de cinéma et de constater mes criantes lacunes concernant l’œuvre majeure d’un immense auteur.

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JLG1Jean-Luc Godard (né en 1930)

 

1) Quel est votre plus vieux souvenir d'un film de Jean-Luc Godard ?

C’est un peu confus mais je suis persuadé que le premier film de Jean-Luc Godard que j’ai eu l’occasion de découvrir est A bout de souffle (1960).

 

JLG2Affiche d’A bout de souffle (1960)


2) Et le plus récent ?

Cette année, j’ai eu l’occasion de revoir Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution (1965).

 

JLG3Affiche d’Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution (1965)

 

3) Le plus beau plan ?

Pour moi, la plus belle séquence reste celle d’Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Cautiondurant laquelle les mains de Natacha von Braun (Anna Karina) passent devant le visage de Lemmy Caution (Eddie Constantine).

 

JLG4Lemmy Caution (Eddie Constantine) et Natacha von Braun (Anna Karina)

dans Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution

 

J’aime aussi beaucoup ce plan du Mépris (1963) – même s’il est loin d’être le plus beau – qui montre Fritz Lang (qui joue son propre rôle), légende des âges d’or des allemands et américains , en train de traverser Cinecittà, Mecque du cinéma italien. Sachant qu’il est filmé par le réalisateur-phare de la Nouvelle Vague, c’est un peu comme si toute l’histoire du septième art était réunie en une seule image.

 

4) Le plus beau son ?

C’est la poésie – récitée par Natacha von Braun (en voix off) – qui accompagne la séquence dont je parlais à la question précédente. Elle est composée de différents vers extraits de l’œuvre de Paul Eluard qui ont été recollés par Godard (et son cinéma est peut-être d’abord un art du collage qui tente et réussit à intégrer des éléments venant d’autres arts  pour former un nouveau poème ; le voici :

 

                          

« Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres,

Nos silences, nos paroles,

La lumière qui s’en va, la lumière qui revient,

Un seul sourire pour nous deux,

Par besoin de savoir, j’ai vu la nuit créer le jour sans que nous changions d’apparence,

Ô bien-aimé de tous et bien-aimé d’un seul,

En silence ta bouche a promis d’être heureuse,

De loin en loin, ni la haine,

De proche en proche, ni l’amour,

Par la caresse nous sortons de notre enfance,

Je vois de mieux en mieux la forme humaine,

Comme un dialogue amoureux, le cœur ne fait qu’une seule bouche

Toutes les choses au hasard, tous les mots dits sans y penser,

Les sentiments à la dérive, les hommes tournent dans la ville,

Le regard, la parole et le fait que je t’aime,

Tout est en mouvement, il suffit d’avancer pour vivre,

D’aller droit devant soi vers tout ce que l’on aime,

J’allais vers toi, j’allais sans fin vers la lumière,

Si tu souris, c’est pour mieux m’envahir,

Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard. »

 

Sinon (et même si ce n’est pas la question), le plus mauvais son, c’est sans aucun doute celui du court-métrage Charlotte et son Jules (1958). La postsynchronisation n’est pas très bonne et surtout Jean-Paul Belmondo (parti faire son service militaire) est doublé par Jean-Luc Godard. Je suppose qu’à l’époque, quand ni Godard, ni Belmondo n’étaient encore ce qu’ils allaient devenir, cela devait moins choquer mais, aujourd’hui, cela provoque une sacrée surprise quand on a l’occasion de découvrir l’une des premières œuvres de Godard (par ailleurs nettement moins intéressante que Tous les garçons s’appellent Patrick, ou Charlotte et Véronique – 1957).

 

JLG5Charlotte (Anne Colette) et Jean (Jean-Paul Belmondo)

dans Charlotte et son Jules (1958)

 

5) La plus belle réplique ?

Il y en tant mais va pour celle-ci – extraite d’Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution :

                   

« Alpha-60 : Savez-vous ce qui transforme la nuit en lumière ?

Lemmy Caution : La poésie ».

 

JLG6Lemmy Caution interrogé par l’ordinateur Alpha-60

dans Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution 

 

Par ailleurs, pour des raisons très personnelles et qui n’ont donc que peu à voir avec Godard, celle de Fritz Lang dans Le Mépris, « Moi, je préfère M [M, Le Maudit, 1931] ! », après que Paul (Michel Piccoli) et Camille Javal (Brigitte Bardot) lui aient dit avoir beaucoup apprécié Rancho Notorious [L’Ange des maudits, 1952], a une importance toute particulière pour moi.

 

6) Le plus beau visage ?

Anna Karina dans tous ses films avec Godard et peut-être plus particulièrement dans Pierrot le fou (1965).

 

JLG7Marianne Renoir (Anna Karina) dans Pierrot le fou (1965)

 

7) Le plus beau geste ?

L’échec de la tentative d’arrêter son suicide de Ferdinand (Jean-Paul Belmondo) à la fin de Pierrot le fou.

 

JLG8Ferdinand Griffon (Jean-Paul Belmondo) à la fin de Pierrot le fou

 

8) Le plus beau livre ?

Bien sûr, Capitale de la douleur (Paul Eluard, 1926) dans Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution.

 

JLG9Natacha von Braun et Capitale de la douleur

dans Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution

 

9) Le plus beau passage musical ?

L’utilisation du Boléro de Maurice Ravel tout au long du court-métrage Lettre à Freddy Buache. A propos d’un court-métrage sur la ville de Lausanne (1982).

 

JLG10Jean-Luc Godard dans Lettre à Freddy Buache.

A propos d’un court-métrage sur la ville de Lausanne (1982)

 

10) Le plus beau paysage ?

Au début de Pierrot le fou, lorsque Ferdinand lit le livre qu’Elie Faure a consacré à Velasquez et que Godard crée une image-peinture à partir de reflets de lumière sur la Seine.

 

11) Le plus grand regret ?

Concernant Jean-Luc Godard, il me semble qu’il a, au fil du temps, partiellement perdu de son sens de l’humour ce que je ne peux que déplorer.

Me concernant, je regrette de très mal connaître son œuvre après Masculin féminin (1966).

 

12) Le film rêvé ?

A mon sens, Jean-Luc Godard l’a réalisé. Il s’agit de Pierrot le fou.

 

JLG11Affiche de Pierrot le fou

 

Ran

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Ran 06/12/2010 11:54



Je me suis sans doute un peu avancé car, encore une fois, je connais fort mal le Godard récent. C'est juste une impression générale. Mais que l'humour de Godard ait toujours été un peu tordu, là,
nous sommes parfaitement d'accord.



Vincent 06/12/2010 09:34



Je ne crois pas que Godard ait perdu son humour, disons qu'il a toujours eu un humour un peu tordu et qu'il a évolué avec l'âge. Mais dans ses films récents, il y a toujours des associations
d'images, des répliques, qui perpétuent l'esprit iconoclaste des années 60. Et puis, nous n'en avons pas parlé, il y a ses films avec son amie Anne Marie Miéville ou il joue avec humour sur
lui-même, dans "Nous sommes tous encore ici" avec son affreux bonnet de laine.


Sur la "muséification", nous sommes d'accord. La différence entre Godard et lang à la même époque de leur vie, c'est que Godard a su se construire un système qui lui permet de continuer de
tourner alors que Lang comme beaucoup de réalisateurs de la grande époque (Welles, Ford...) n'y arrivaient plus.



Ran 05/12/2010 16:36



Merci pour votre commentaire.


Je m'avance sans doute un peu sur le Godard récent que je connais extrêmement mal et qui n'a sans doute pas perdu tout son humour. Mais j'ai l'impression qu'il a du mal à trouver la distance
adéquate avec le statut qui est désormais le sien, sa "muséification" - à laquelle nous participons, modestement. Cela me fait penser à deux choses.


D'une part à Alain Bergala qui connaît très bien Godard et son oeuvre et qui avouait être un peu perdu avec ses derniers films qui lui faisaient dire qu'en quelque sorte, "Godard ne tournait plus
pour les vivants".


D'autre part, à l'interview de Fritz Lang par Godard, "Le Dinosaure et le bébé". Aujourd'hui, Godard est devenu, lui aussi, le dinosaure et il est certain qu'il ne vit pas de la même manière que
Lang à l'époque.


Sinon, le son de Charlotte et son Jules, c'est sûr que c'est très drôle et surprenant d'autant  que le corps de Belmondo et la voix de Godard sont devenus extrêmement célèbres - ce
qui n'était pas le cas en 1958.


Et moi à lire les textes qui circulent - dont le vôtre -, c'est le Godard récent que j'ai envie de découvrir.



Orlof 05/12/2010 14:03



Très belles réponses, effectivement. Comme Fred, ça me donne furieusement envie de revoir "Alphaville" que j'adore également mais que je n'ai vu qu'une fois.


J'aime assez "Charlotte et son Jules" et ce doublage aberrant : comme Vincent, je trouve que ça donne une touche comique au film. Et malgré les apparences, je trouve qu'il subsiste encore des
traces de l'humour de Godard dans ses films "récents", que ce soit les répliques que je cite dans "Nouvelle vague" ou "Detective" voire cet ange furibard qui hurle un "Obéissez!" à Marie dans "Je
vous salue Marie"...



Ran 04/12/2010 12:55



A Fred : De rien, vraiment.


A Vincent : Ce fut un plaisir de répondre à ce beau questionnaire. Merci de l'avoir créé. La bande-son de Charlotte et son Jules, c'est sûr que ça fait un choc mais, bon, je ne sais pas
ce que pouvait en penser un spectateur de l'époque (en même temps, il n'y a pas dû en avoir des masses).


Anna Karina, bien sûr (en même temps, je n'allais pas choisir Brigitte Bardot et mon amour pour Fritz Lang connaît quelques limites). J'ai le souvenir d'une interview de Raoul Coutard dans laquelle il expliquait que Godard voulait absolument qu'Anna Karina soit superbe dans tous les plans. Il disait que, bien sûr,
c'était beaucoup plus facile qu'avec certaines actrices mais que cela engendrait parfois certaines difficultés.


Quant à Alphaville, j'ai une passion totale pour ce film (SF, éclairages expressionnistes, Eluard,... n'en jetez plus !) que je place à la droite de Pierrot le fou.



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