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Mort de Satoshi Kon

28 Août 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Textes divers

Quatre films et une série télévisée en 12 ans. Satoshi Kon meurt trop jeune mais laisse une filmographie impeccable. L'onirisme restera comme la grande signature de son œuvre. En offrant une large porosité entre le rêve et le réel, le cinéaste rendait aussi hommage à son médium favori : le cinéma. Rapide retour sur ses long-métrages.

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         "Le rêve naît de la réalité. Mais je suis persuadé que l'inverse est tout aussi vrai"

          Libération du 06/12/2006

 

konSatoshi Kon (1963-2010)


Satoshi Kon  est d'abord dessinateur et scénariste de manga, il entre dans l'animation sur grand écran en trois étapes : il est écrit le scénario de Magnetic Rose, meilleur segment du film à sketches Memories (Kôji Morimoto, Tensai Okamura, sorti en 1995) produit par le très réputé studio 4°C, puis responsable des décors sur le film d'animation Patlabor 2 (Mamoru Oshii) en 1993. Enfin le grand studio Mahouse lui propose de passer à la réalisation en adaptant un roman de Yoshizaku Takeuchi : Perfect Blue. Et de cette commande de thriller sexy naît le premier coup d'éclat cinématographique de Satoshi Kon. Malgré (ou grâce à) son budget limité (le film est initialement destiné à la vidéo), Satoshi Kon fait preuve d'une grande liberté dans la construction de son film et un excellent sens du montage met en valeur un scénario déjà tarabiscoté. Dans cette histoire d'une Lolita-starlette de girl's band qui veut devenir actrice de cinéma, le cinéaste instaure une atmosphère parfaitement malsaine qui sied au sujet (l'appropriation d'une star par ses fans) et parle de la perte de son corps aussi bien sur le plan sexuel (le film peut se lire comme la découverte douloureuse de la sexualité, le passage à l'âge adulte) que sur un plan spirituel (dépossédée de ce qu'elle représente, l'héroïne s'interroge sur sa propre existence). Avec Jin Roh (Hiroyuki Okiura, 1999) sorti peu après, le film séduit le public et la critique occidentale plus seulement pour d'exotiques raisons[1] mais parce qu'il s'intègre parfaitement dans les codes des films occidentaux et tient la comparaison avec les plus grands auteurs de cette partie du globe (Dario Argento, David Lynch et bien sûr Brian de Palma). La virtuosité avec laquelle Satoshi Kon empile les séquences "réelles", rêvées ou tournées (puisque l'actrice tourne un film très proche de ce qu'elle est en train de vivre) finit de séduire l'amateur de prouesses cinématographiques. Ainsi, Darren Aronofsky tournera à l'identique une séquence du film en live dans Requiem For A Dream (2000).

 

PB10Perfect Blue

 

Et Kon ne perdra rien de cette virtuosité dans un film plus léger quoique rempli de tristesse, Millenium Actress en 2001. Avec ces deux journalistes interviewant une ancienne gloire du cinéma, le film raconte la vie de l'actrice qui rejoue/revit dans son salon les grands films qu'elle a tourné. Là encore, le spectateur est embarqué à un rythme effréné à travers ces œuvres dont le cadre change mais qui raconte toujours un peu la même histoire. Il reprend aussi cette réflexion sur l'image, le fantasme de l'icône, par le biais d'un des deux journalistes, fan de l'actrice, qui intervient dans les films rejoués pour sauver l'héroïne, tel un amoureux secret qui se sacrifie pour le bonheur de la jeune première. Tout cela avant de découvrir que "dans la vraie vie" ce journaliste était déjà intervenu et s'était déjà sacrifié. Plus drôle que Perfect Blue, Millenium Actress n'en est pas moins amer puisque la fuite en avant de la star est la répétition infinie d'un échec amoureux.

 

millenium actressMillenium Actress

 

Tokyo Godfathers (2003) rompt avec les superpositions de dimensions pour un film s'inspirant du Fils du Désert (John Ford, 1948) sans pour autant abandonner ses marottes. Dans ce conte de Noël catholique traitant de trois marginaux qui trouvent un bébé dans une poubelle, le réalisateur ne manque pas de jouer encore une fois avec la répétition des situations, des noms, de faire revivre à travers des personnages une situation qui s'est déjà produite chez les héros, ce qui donne un caractère mystique à l'histoire car Dieu serait derrière tout ceci que ça ne m'étonnerait pas plus que cela. Le film est donc parfaitement joyeux même si, Dieu ou pas, la description de société tokyoïte n'est pas bien réjouissante.

 

godfatherTokyo Godfathers

 

Tout cela pour brutalement revenir à la thématique des rêves avec Paprika en 2006. Film tout aussi foisonnant qu'inquiétant. L'enquête de cette scientifique et de ce policier à la recherche de la DC mini – machine qui permet d'agir sur les rêves des personnages – fait tourner la tête et nécessite plusieurs visions pour en apprécier les contours. Mais dès la première fois, le spectateur finit par se perdre avec délectation, ébloui par la débauche visuelle et effrayé par cet envahissement du rêve/cauchemar sur la réalité. La métaphore du cinéma est bien sûr présente  et notamment lors d'un passage durant lequel l'héroïne prend un ascenseur dont chaque niveau correspond à un genre de film (et que Christopher Nolan cite explicitement dans son dernier opus).

 

paprikaPaprika

 

Satoshi Kon était devenu un auteur dont il convenait de guetter le film suivant. En pleine production de sa prochaine œuvre, le cancer, ce con, n'a rien trouvé d'autre à faire que d'interrompre le parcours – qui s'annonçait majestueux – du cinéaste.

 

nolan.

 

screenshot-perfect-blue1  paprika 2
Perfect Blue Paprika

 



[1] J'exagère sans doute un peu mais en France, Akira (Katsuhiro Ôtomo, 1988) et Ghost in the Shell (Mamoru Oshii, 1995) ont avant tout séduit les adolescents habitués aux mangas.

 

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Ran 28/08/2010 12:08



Bien triste décès donc. Il est intéressant de voir les allers-retours entre l'oeuvre de Kon (et je pense un peu à Boulevard du crépuscule quand tu évoques Millenium actress que
je n'ai pas vu) et le cinéma américain. On retrouvait cela déjà chez Akira Kurosawa qui n'est pas une mauvaise référence concernant le cinéma japonais...



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