Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Shame par nolan

30 Décembre 2011 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Le deuxième film de Steve McQueen raconte l'histoire d'un sex addict, d'un homme maudit qui se voit comme un horrible pervers. Il est aussi un grand séducteur. Il est également contre l'Amour. Il en veut à sa sœur d'être pour. Il doit lutter contre tout cela et nous finissons par y perdre nos petits.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

 

Shame-1.jpgMichael Fassbender

 

Brandon (Michael Fassbender) est un bel homme qui vit à New-York avec un job qui lui rapporte beaucoup d'argent. Problème : il est obsédé sexuel. Non seulement il ressent le besoin permanent de coucher avec des femmes, mais il regarde moult films pornographiques et se masturbe dès que possible. Ce genre de pratique dépasse largement l'appétit sexuel d'un mâle dominant comme l'est son patron David (James Badge Dale), marié, deux enfants, dragueur catastrophique et infidèle lorsque c'est possible. Pire, Brandon ne jouit jamais. Sans doute éjacule-t-il mais le film s'attache à montrer son absence de plaisir. Aussi, cette addiction ne lui procure rien d'autre qu'un soulagement. Ainsi, amour et sexe sont-ils, pour lui, incompatibles. Maudit, il a donc le sexe triste et honte de son statut. Mais il n'est pas plus tendre avec ces congénères. Il ressent un immense mépris pour son boss – c'est un connard et le réalisateur n'apporte jamais de contrepoint – et traite avec dureté sa sœur Sissy (Carey Mulligan), chanteuse sans le sou, dépressive, intrusive et amoureuse de tout le monde mais de son frère plus que tout. C'est dans cette relation avec cette dernière que réside la meilleure partie du film. Brandon s’organise de manière à ne rien laisser transparaître de ses pratiques mais sa sœur qui squatte son appartement pour quelques jours sera la source d'un enrayement dans la vie du New-yorkais. Tous les deux sont des modèles de solitude, ce que le film, bien aidé par l'excellent travail des interprètes, retranscrit parfaitement. Solitude décrite aussi par de nombreux moments plastiquement très réussis. Sans les citer tous, nous pensons notamment à ce jogging nocturne dans New York, moment où l'empathie du spectateur pour le personnage principal se fait totale, ou à cette scène d'introduction dans le métro, qui déconstruit à l'aide de flashbacks, la matinée de Brandon. C'est l'un des rares moments où une réelle sensualité affleure par de simples regards qui se croisent ou mains qui se touchent alors que c'est le point de vue de Brandon, la tête pourtant remplie d'images pornographiques, qui nous est présenté, voyant chez une inconnue, les détails qui font toute sa beauté. Pourtant, quelques minutes plus tard, il regardera sa collègue de la même façon (son grain de peau, ses lèvres pulpeuses, ses mimiques...) ; l’esthète ira se masturber dans les toilettes. Ainsi, semble-t-il, malgré tout, être capable d’apprécier la beauté d'une femme. Son addiction ne fait pas non plus de lui un animal : il ne se jette pas sur la prostituée avec laquelle il a rendez-vous. Brandon ne serait donc pas aussi monstrueux qu'il se plait à le croire.

 

Shame-2.jpgCarey Mulligan

 

Steve McQueen montre également l'étendue du pouvoir de séduction de Brandon a plusieurs reprises. Nous pensons, lors de la virée nocturne dans l’ultime partie du film, au Bill Harford (Tom Cruise) d'Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick, 1999) : Brandon possèderait une femme comme on s'achète un appartement, son individualité n’étant définie que par ses biens[1]. Mais, de cela, le réalisateur ne tire pas grand-chose. Il semble préférer s'orienter vers la théorie selon laquelle le sexe pervertit tout. Sissy, aussi désordonnée que son frère est rigoureux, couche facilement et mélange ses sentiments. Elle y perd beaucoup. Son frère choisit de coucher et se refuse à tout sentiment, il y perd autant. Ils ont tous les deux une meurtrissure originelle qui – fort heureusement – ne nous sera pas révélée. Avouons tout de même que le sens du film nous a quelque peu échappé. Entre le fort pouvoir que son héros a sur la gent féminine, son addiction et son regard sur la beauté, nous ne sommes pas sûrs que McQueen ait su sur quel pied danser avec Brandon. A vrai dire, il n'a peut-être pas su créer un ensemble. Quand, séparément tous les éléments sont fort bien présentés – ce qui n’est déjà pas si mal.

 

nolan

 

Note de nolan : 2

 

Shame (Steve McQueen, 2011)



[1]    Nous y pensons d'autant plus que les derniers mots d’Alice (Nicole Kidman) dans le chef-d’œuvre de Kubrick renvoient à Shame.

Partager cet article

Commenter cet article

nolan 09/01/2012 09:47


Je ne sais pas non plus. Il semble s'orienter vers une théorie selon laquelle, le sexe aurait un effet pervers sur les relations (la lecture puritaine dont parle Antoine ci-dessus - et qui n'est
pas la sienne, vous lirez cela lundi prochain) mais on a vraiment du mal à comprendre où il veut en venir, vu que dans le même temps le sentiment amoureux n'a pas l'air d'être une source de
plaisir (Sissy). Dans le même temps, les conventions sociales ne sont pas une issue, on est plutôt du côté de Brandon quand sa fort jolie collègue raconte n'importe quoi sur le mariage, le sien
ayant été une foirade. Bref, je suis un peu perdu et la critique d'Antoine est venu renforcer mon sentiment selon lequel Mc Queen ne savait pas trop sur quel pied danser. Je me rattache au
jogging New Yorkais, à la scène d'intro et puis, dans une moindre mesure, la virée nocturne finale qui contient quelques fulgurances et quelques moments un peu bouffons.


Mais, je commence déjà à oublier le film, mon cerveau étant rempli depuis hier après midi du premier choc cinématographique de 2012 : Take Shelter que je vous recommande d'aller voir sur
le champ.

Antoine 08/01/2012 18:13


Je n'ai pas été séduit non plus, encore moins que nolan, et y revient dans quelques jours. Et, malgré quelques images réussies, j'ai ce sentiment que McQueen ne sait pas où se placer, ni où
vraiment placer son héros et le spectateur. Du coup, on ne sait pas du tout où il veut en venir. Que puisse se dégager une interprétation "puritaine" - qu'elle nous désole ou qu'elle nous
réjouisse - semble un contresens mais le réalisateur lui ouvre la porte. A mon sens, par manque de maîtrise. Qu'il place le héros devant ses responsabilités, qu'il laisse le soin aux spectateur
d'ancrer son point de vue est louable. Mais cela ne saurait l'exonérer de prendre, lui aussi, ses responsabilités et d'avoir un point de vue.


Personnellement, je n'ai pas vu Hunger donc je ne peux me livrer à une comparaison. Shame m'aura seulement déçu par rapport à ce que j'en attendais.

Florian 08/01/2012 16:32


Je partage moi aussi votre sentiment mitigé. Le film est très beau, au sens plastique, avec notament les dernières scènes lorsque Brandon est au bout, et qu'il se livre toute la nuit à ses
penchants. 


Mais je me demande ce que le réalisateur a voulu montrer ? Que le sexe sans sentiment c'est mal ? On voit que Brandon, lorsqu'il essaye d'avoir des sentiments pour une femme n'y arrive pas pour
une cause physique. 


Je ne sais pas trop quoi penser de ce film, peut-être parce que j'ai bien ressentit le manque d'oxygène de Brandon, le sentiment qu'il avait d'être piégé et enfermé. 


Avez vous vu Hunger, le premier film de Steve McQueen ? Je le trouve plus réussi, et très dur. 

nolan 04/01/2012 07:56


Et ma perplexité est renforcée depuis qu'Antoine a vu le film encore moins convaincu et qui relève de gros problèmes de cohérence (critique mi janvier). 

Christophe 03/01/2012 18:50


Je partage ce sentiment... Le sens du film m'a échappé, même si je reconnais la beauté plastique du film...

.obbar-follow-overlay {display: none;}