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Skyfall : La résistance du corps

7 Novembre 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

James Bond ne peut pas mourir ou ne veut pas mourir. Il revient dans l'opus réussi et introspectif de Sam Mendes traversé par de fort jolis tableaux. Aujourd'hui Bribes et Fragments se pose la question à mille euros : c'est quoi James Bond en 2012 ? nolan.

 

 

Bribes et fragments

 

 

Skyfall

Skyfall (2012)

 

 

Skyfall : La résistance du corps – C’est quoi James Bond en 2012 ? Puisque le cinéma se veut le reflet de son temps, une franchise désormais cinquantenaire doit bien dire quelque chose de son époque ; donc, c’est quoi James Bond en 2012 ? De l’usure, essentiellement. Le héros, au gré de plus d’une vingtaine de productions de qualité aléatoire, a beaucoup servi et ça se sent. Dès lors, il n’y a de renouvellement possible qu’en acceptant le temps qui passe. Daniel Craig est marqué : ses traits trahissent sa lassitude, ses côtes sont fêlées, ses genoux blessés. Quant au monde, il a changé. Plus vraiment besoin de super-agent à l’heure de la toute-puissance informatique. L’affreux Tiago (Javier Bardem) l’a compris et a su se reconvertir. Bond, lui, doit accepter d’un jeune Q (Ben Whishaw) qui n’a même pas d’invraisemblable gadget à lui fournir… Tout passe. Même les James Bond girls. Il y en a encore une ou deux dans Skyfall (Naomie Harris, Bérénice Marlohe) pour permettre à 007 d’oublier un instant sa fatigue. Mais la figure féminine, si prégnante dans la série quoique le plus souvent relégué à une simple pin-up, ne s’incarne plus guère que dans M (Judy Dench). Cela pendait au nez de Bond depuis longtemps. A force de se comporter en éternel adolescent, il finit vieux garçon et n’a plus qu’une mère de substitution pour lui tenir compagnie. Pire, elle arrive logiquement en bout de course et notre agent secret n’a d’autre choix que de la prendre en charge.

C’est quoi James Bond en 2012 ? Un agent secret dépassé par la technologie, croulant sous le poids des ans et retombant en enfance. Juste bon, en somme, à s’offrir les seuls plaisirs restants à ceux qui refusent les joies d’une existence virtuelle : la psychologie et l’introspection. L’époque est à s’oublier ou à s’écouter. Le nouveau Bond en témoigne. Dans le film de Sam Mendes, revient alors l’image du même Craig dans le récent  Millenium de Fincher. En Mikael Blomkvist, on l’avait dit aussi éloigné que possible du rôle qui l’avait rendu célèbre. Erreur. Le journaliste old school, devenu surdépendant de la jeune et géniale hackeuse Lisbeth Salander (Rooney Mara), annonçait le Bond version Skyfall. Vestiges d’un temps qui a cessé, anges déchus, ils pourraient être jetés, sans remords, ni regrets, dans les oubliettes de l’histoire s’ils n’apportaient pas régulièrement la preuve qu’ils demeurent de bons auxiliaires. Pathétique destinée… Bond ne semble pas vraiment l’accepter mais, au moins, la devine.

Et, pourtant, il court ! L’air rogue, l’allure peu assurée, la classe incertaine, Bond continue à s’agiter. Cela sert-il à quelque chose ? C’est peu probable. D’autres, assureront, mieux et différemment, la sécurité du royaume. C’est quoi James Bond en 2012 ? C’est surtout cela : un homme qui court. Soit une forme de résistance active. Refusant de s’insérer dans des réseaux ou de s’épancher sur un divan, un corps à bout de souffle mais certainement pas anonyme manifeste son envie de bouger encore. Et non pas seulement, comme M et lui le répètent ou comme le générique tend à le reconnaître, dans les profondeurs de l’ombre mais toujours en pleine lumière. Au milieu des rues bondées de fantômes modernes d’Istanbul, Shangai, Macau ou Londres. Malgré les apparences, le courage – presque politique – bondien n’est pas tout à fait inutile. Faisant mine de l’embrasser, il permet à l’époque de n’être pas complètement ce qu’elle tend à devenir. Aussi reste-t-il bon pour le service.

 

Antoine Rensonnet

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stress balls 20/05/2014 12:52

Skyfall is my favorite bond movie. I like watching thriller films and I will watch this for sure. I am a great fan of Hollywood movies. Thanks for sharing this with us and keep posting more updates in your blog.

Antoine 20/11/2012 22:04


Merci. Je suis assez d'accord avec cette présentation. Quant à l'ouverture, c'est évidemment une façon de se jouer du cahier des charges. Mais elle présente les premiers échecs de Bond dans le
film (abattu, l'ennemi en fuite avec la liste). Bref, elle permet de passer du Bond habituel à celui de Skyfall.

Ceccarelli 19/11/2012 15:48


Désarçonnée par le début du film qui laissait présager un James Bond de plus dans la catégorie film-d'action-avec-belles-nanas-gadgets-et-super-héros-invincible (je n'avais lu ni le synopsis ni
les critiques), j'ai mis un peu de temps à décrocher de ces stéréotypes pour entrer vraiment dans le film. Parce que faire de James Bond un quasi-anti-héros, il fallait le faire! Mais je suis
d'accord avec ton analyse, qui sonne parfaitement  juste. On peut dire qu'en fatigant son héros, Mendes a en quelque sorte réveillé l'intérêt du spectateur pour lui.


 


 

Antoine 08/11/2012 22:43


A nolan : Je ne sais pas à quel point le film est introspectif, moins en tout cas qu'on ne veut le dire ici et là. Mendes considère, je crois, que trop emprunter le chemin de l'introspection
serait une facilité, voire une trahison. C'est un peu ce que j'ai voulu traduire par cette idée de résistance du corps. Il y a une volonté de s'adapter au cinquantenaire, à l'air du temps, un
besoin de renouvellement mais aussi l'idée de garder les fondamentaux de la série. Une forme de tension (créatrice) entre "on se pose et on réfléchit à ce qu'est Bond (ou - mais peut-être le
hiatus est-il justement entre les deux - Bond)" et "on continue sans trop se poser de questions".


Ce qui est intéressant, à mon sens, c'est que ce ne sont pas franchement les événements internes au film qui poussent le héros à agir. Alors qu'il s'agissait a priori de la piste la plus
évidente : le héros arrêtait plus ou moins tout mais on le rappelait parce qu'il était nécessaire. Là, après avoir flirté avec, le film s'écarte assez rapidement de cette voie. On comprend que le
monde complexe et fatigué dans lequel on vit n'a absolument plus besoin d'un héros comme Bond mais qu'il serait dommage que le cinéma, lui, s'en passe (je pourrais presque opérer un croisement
avec la fin de mes réflexions sur Amour...). Du coup, sa modernité passe par un retour vers le passé (d'où le thème des origines) dans lequel il se laisse assiéger, loin de toute
technologie trop fine, et où il utilise beaucoup plus un instinct de bête que des ressources psychologiques.


 


A Benjamin : il est usé, fatigué mais ne veut donc pas, alors qu'il en avait l'occasion, qu'on "le laisse tranquille". Quant à son flegme, il existe mais il me semble qu'une forme d'affirmation
érotique plus directement "virile" est plus évidente et, surtout, plus importante. Quitte à choisir entre les deux, le vieux Bond abandonnerait le flegme...


 


A Flow : Usure du soldat, oui. Pousser jusqu'à la mélancolie, je ne suis pas complètement sûr. Cela revient partiellement à la question, évoquée précedemment, de l'introspection.


Par contre,à montrer l'usure de Bond, le film provoque assez directement la mélancolie (dans une forme limitée) du spectateur. Et il joue habilement de ce sentiment qu'il provoque.

Flow 08/11/2012 15:54


Excellent billet (une fois n'est pas coutume) qui rend hommage à cet excellent film traversé par ce que tu décris ici et que j'appelle la mélancolie du soldat (déjà le thème central de la série
de jeux vidéo Metal Gear Solid). Une très bonne surprise !

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