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Spring Breakers

16 Mars 2013 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Bikini + guns. On dirait une série Z, et c'est un film mainstream. Jouant avec délectation avec son sujet et son style racoleurs, Harmony Korine fait semblant de provoquer mais cherche surtout à faire émerger un peu de beau au milieu d'un océan de laideur. Cette expérience nous a paru concluante.

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Devant : Ashley Benson

Derrière : Selena Gomez et Vanessa Hudgens

 

De jeunes étudiantes américaines passent 1h30 en bikini, fument, boivent, volent et jouent de la gâchette. Voilà l'alléchant programme que promettait Spring Breakers et sur cet aspect Harmony Korine fait le boulot. Mais ce disciple de Larry Clark[1] arrive à faire un peu plus tant ce patchwork d'images à la fois sexy et dégoûtant séduit l'œil.

Dès la séquence d'introduction, le cinéaste règle son compte au Spring Break : il use des ralentis sur moult paires de fesses et de seins, doigts d'honneur et canettes de bière. La musique électro très festive se saccade soudain sur un beat plus dur et les images paraissent changer de nature : voici une belle brochette de gros porcs. Arrive le gimmick sonore du film (le cliquetis d'une arme qui se charge) et nous nous retrouvons avec des jeunes filles (Candy Cotty, Faith et Brit, – Vanessa Hudgens, Rachel Korine, Selena Gomez et Ashley Benson) qui s'ennuient et ne rêvent que d'une chose : rejoindre cette bande de sagouins. Cependant, malgré l'évidente vulgarité que trois d'entre elles revendiquent, le réalisateur ne les filme pas de la même manière. La caméra s'attarde sur leurs corps, leurs jeux sensuels… Korine semble alors chercher une forme d'érotisme qu'il va confronter à un monde faux et sale. La semaine de vacances à Miami ressemble à une échappatoire pour ces filles éprises de liberté. En manque d'argent, elles braquent avec succès un fast-food ; c'est le déclencheur d'un nouveau plaisir, plus puissant encore que la débauche à venir. S'ouvre ensuite une longue séquence de Spring Break faites de virées en scooter, de fête dans des hôtels, de coke, de bières, de baisers mais pas de sexe. Le passage à l'acte n'est pas encore présenté et les héroïnes jouent au maximum du teasing sans jamais, semble-t-il, perdre le contrôle de leur corps.

 

springbreakers1

Vanessa Hudgens et Ashley Benson

 

Empilant et déconstruisant les séquences, Korine crée d'étranges raccords. Le fluo devient hypnotisant. Il emploie la bonne distance avec ses héroïnes, jamais prises de haut, ni mises sur un piédestal, évite aussi bien les lourdeurs du malaise adolescent que le second degré trop appuyé. Utilisant les sonorités justes pour distiller un malaise, cette partie du film file sur une ambiance rappelant en permanence que cette forme de plénitude n'est que très passagère – ce que souligne le personnage de la pudibonde Faith incapable de trouver ce qu'elle est venue chercher. La dernière partie voit l'entrée en scène d'Alien (James Franco, excellent), mauvais rappeur aperçu quelques minutes plus tôt mais vrai gangster qui va vivre avec les filles une drôle d'histoire d'amour. Personnage aussi inquiétant que ridicule, Alien emmène les spingbreakeuses dans un monde moins coloré, pourtant tout aussi factice que celui présenté auparavant. Jamais les filles ne sortiront de leur posture (en bikini, provocantes et fragiles) comme en rupture de ton avec un autre film (en l'occurrence l'œuvre de Michael Mann, respectueusement citée dans les boites de nuit, en voiture ou sur l'eau). L'œuvre prend alors un tour fantasmagorique bienvenu : ce sont les plus allumées et convaincues de leur force qui prennent la direction du récit. Présenté dans un cadre machiste (les flingues et l'argent qui excitent les filles, l'amour à trois dans la piscine), le passage à l’acte sexuel est dominé par les femmes (notamment lors de la "pipe aux flingues"). De manière plus humoristique, c'est le gangster qui, dans une hilarante séquence, entonne une célèbre guimauverie de Britney Spears. Enfin, en guise de pied-de-nez adressé au spectateur, Spring Breakers s'offre un final idiot et réjouissant, dans la continuité du jeu avec la superficialité et la vacuité du monde représenté.

 

spring3

James Franco

 

nolan

 

Note de nolan : 3

Note d'Antoine : 1

 

Spring Breakers (Harmony Korine, 2012)



[1] Cinéaste qui nous paraît démonstratif et prétentieux: son Ken Park (2002) n’est pas mal mais Wassup Rockers (2004) ressemble à une mauvaise comédie française à ceci près que les films avec Jean Lefebvre sont rarement donneurs de leçons.

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Windows Vista help now 11/06/2014 14:31

Films these days likes to project the happier side or the side everyone likes to watch. And that has lead to a repetitive trend in the industry. And thats what is seen in these two movies. If you are looking for some pass time movies, you could watch them. OR just leave it and watch some original stuffs.

Benjamin 22/03/2013 12:25


Rien que parce qu'il fait la couv' des Cahiers (si je me trompe pas), parce que tu en fais un film digne d'intérêt, et parce que j'étais forcément plein de préjugés à son encontre, il me faut le
voir ! Bon un peu aussi pour les bikinis.

nolan 27/03/2014 21:43

Oui je l'ai lu tout à l'heure en effet, tu lui reproches d'avoir quand même le nez bien collé sur les fesses de ses actrices sous prétexte de dénoncer la vacuité du Springbreak. Mais on a l'air en phase sur la dernière partie du film.

Benjamin 27/03/2014 13:23

Nan, pas détesté. C'est pas si mal mais c'est un film de genre. Tu l'as peut-être lu chez nous mais je ne suis pas d'accord avec toi sur la distance du réalisateur sur le sujet par exemple.

(Et je compte aussi le même genre de spams que vous par dizaines ou centaines !)

nolan 27/03/2014 07:38

Hey salut Benjamin ! Pour une fois que j'ai un com qui ne soit poser par un vendeur de logiciels ou de maillots de foot ... Bon pas de bol tu as détesté le film !

Benjamin 27/03/2014 07:19

Voilà, c'est vu ! Et je me sens floué, je veux bien dire cependant que c'est la faute aux Cahiers... Qu'est-ce qu'ils ont pu aimer là-dedans pour en faire la une !

nolan 22/03/2013 14:48



Ah ah ah merci. Tu es le bienvenu dans la section des commentaires si tu sens floué par ma note par la suite. Mais l'essentiel de la faute reviendra aux Cahiers quand même ...


Bon pour moi, c'est clair que bikinis + mitraillette, je voyais là matière à faire une jolie reflexion pointue sur films obtus et finalement pas du tout. 



Lalalère 20/03/2013 17:10


Hum, Kids est vraiment très très glauque mais Chloë est une muse, donc ...


Ken Park reste sa pièce maitresse, grand film, implacable.


Y'a aussi son Another day in paradise, un de ses premiers.

Antoine 20/03/2013 09:54


Du vide plus du vide, ça fait quoi ? Assez logiquement, du vide. Il n'y a rien dans ce film. Une image léchée, certes, et un montage empruntés au cinéma indépendant (Van Sant, Drive...),
qui devrait suffire à créer du style. Mais ça n'a pas plus de consistance que les lieux communs sur le "Spring Break" ou les gangsters.


Korine, en fait, joue de l'impression de distance par rapport à ce qu'il montre mais n'en a pas la moindre par rapport à ce qu'il fait. Le film ne va nulle part mais il n'est,
en fait, jamais parti... Quelques pistes sont lancées - les discours sur être une bonne personne, réussir, la négation d'une personnalité volontairement artificialisée dans le "Spring
Break", les deux héroïnes qui sont interchangeables - mais aucune n'est exploitée parce que le film, en dehors de la volonté de rencontre improbable entre le "Spring Beak"
et une forme, est un néant...

nolan 20/03/2013 10:44



Alors là, j'ai un peu de mal à répondre parce que je trouve que la rencontre improbable entre le Spring Break et une forme m'a séduit. De même les idées que tu relèves mais dont tu constates
l'absence d'exploitation, sont bonnes et le résultat à l'écran, sans être bouleversant, est concluant. 



Brx 20/03/2013 09:19


Comme toutes les critiques dont la tienne sont élogieuses, il est difficile de faire entendre une voix discordante, je vais quand même essayer...


La lumière est belle, la musique mets dans l'ambiance mais bon, les acteurs sonnent complètement faux (mention spéciale aux filles d'une crétinerie abyssale), le scénar est vide et d'une
originalité digne d'un clip de sexion d'assault (vous reprendrez bien du gangster qui se prend pour Al Pacino ?), sous des aspects provocateurs c'est très pudibond : ni sexe
explicite ni sang...(enfin là-dessus je crois qu'on se rejoint sur le côté mainstream du truc)


Je sais que tous ces défauts du film seront balayés d'un revers de la main puisqu'il s'agit d'un rêve !?

nolan 20/03/2013 10:33



Ne t'inquiète pas, tu n'es pas seul (voir le com d'Antoine ci-dessous). 


Oui c'est mainstream, pudibond pas du tout. Non, non le rêve n'excuse pas les défauts. Mais Sexxion d'Assault ?! Allô quoi ?! Ok, Korine joue avec une imagerie des clips de l'été faussement dorés
mais il va, à mon sens, bien au-delà. Et la tirade d'Alien sastifait de lui-même de regarder en boucle Scarface m'a fait marrer. 



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