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Stanley Kubrick – Mes préférences

1 Septembre 2010 , Rédigé par Ran Publié dans #Tops

En ouverture d’une longue série consacrée à Stanley Kubrick qui nous occupera quelques semaines, voici l’exposition de mes préférences concernant l’œuvre de l’un de mes réalisateurs favoris. Mais, pour une fois, je ne les présenterai pas en faisant un top mais sous une forme quelque peu différente.

 

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2001, L'Odyssée de l'espaceAffiche de 2001, L’Odyssée de l’espace (1968)

 

A l’heure de la rentrée et – surtout – du premier anniversaire de notre blog, je pouvais bien me faire un petit plaisir en consacrant une assez longue série à l’un de mes réalisateurs préférés, Stanley Kubrick, auquel je me suis déjà souvent intéressé.

Il est d’usage ici, tant parce que cela a un côté ludique – même s’il faut parfois se résoudre à quelques choix douloureux – que parce que cela permet d’afficher nos références, de consacrer un top en relation avec la nouvelle série. Pourtant, j’opterai aujourd’hui pour une forme légèrement différente. En effet, il me semblait difficile de faire un top dix de l’œuvre d’un auteur qui n’a réalisé que treize films (dont seulement douze visionnés car je n’ai pas pu voir son premier opus datant de 1953, Fear and Desire, que Kubrick a tenté – avec un succès seulement partiel – de faire disparaître). Quant à réduire à un top cinq, je ne pouvais m’y résoudre car il m’aurait fallu renoncer à évoquer des œuvres qui m’ont beaucoup marquées (preuve s’il en est que sa filmographie ne compte guère de déchets). Aussi, j’organiserai l’exposition de mes préférences sous la forme quelque peu différente que voici :

 

Affiche d'Orange MécaniqueAffiche d’Orange Mécanique (1971)

 

     -       Au-dessus de tout le reste, il y a pour moi cinq films : 2001, L’Odyssée de l’espace (1968) ; Orange Mécanique (1971) ; Barry Lyndon (1975) ;  Full Metal Jacket (1987) ;  Eyes Wide Shut (1999). Tous sont – même s’il nous faudra sans doute encore quelques années pour envisager le dernier film de Kubrick dans toute son ampleur – des monuments du cinéma et il m’est très difficile de les classer[1]. Peut-être, en fonction de sa beauté formelle et de sa place monumentale dans l’histoire de son art, finirais-je par choisir 2001, L’Odyssée de l’espace. Mais Full Metal Jacket constitue à mon sens la synthèse absolue de la réflexion de son auteur sur la violence et les trois premiers films cités trouvent comme un prolongement, voire un aboutissement dans l’avant-dernier film de Kubrick. Quant à Barry Lyndon, sa beauté et son utilisation de la musique ne peuvent qu’entraîner une adhésion absolue. Orange Mécanique, lui, m’avait définitivement convaincu du génie de son auteur quand je n’avais guère que seize ans et c’est avec ce film qu’a émergée ma réflexion sur le travail de Kubrick sur la violence largement prolongée depuis. Mais rien n’est venu altérer l’impression que j’avais ressentie en découvrant ce film. Enfin, Eyes Wide Shut, dernier film (d’une rare complexité à tous les niveaux) de son auteur – et conçu comme tel – est, après 2001, L’Odyssée de l’espace et Barry Lyndon, un nouveau sommet formel qui offre à l’œuvre de Kubrick une sorte de couronnement tout en l’ouvrant sur de nouvelles perspectives du plus haut intérêt.

 

Affiche de Barry LyndonAffiche de Barry Lyndon (1975)

 

      -       Au niveau en dessous, je n’ai par contre aucune difficulté à déterminer un sixième. Il s’agit de la farce tragique  Docteur Folamour (1964) dans laquelle l’extrême gravité de la situation est toujours compensée par un humour noir et féroce. Kubrick, qui a touché à de nombreux genres (même s’il réalisa, in fine, plus de films de guerre qu’à son tour et Folamour y appartient d’une certaine façon), signe une des meilleures comédies de l’histoire du cinéma que l’on ne peut, en outre, limiter à cela. On notera d’ailleurs que, bien qu’il revienne sur des événements ultra-contemporains de son tournage (et liés à la Guerre Froide), il n’a en rien vieilli preuve de sa grande force. C’est donc, pour moi, le premier vrai chef d’œuvre de Stanley Kubrick.

 

      -       Deux grands films ensuite assez précoces dans la carrière de Stanley Kubrick :  L’Ultime Razzia (1956) que je tiens pour un très grand film noir et Les Sentiers de la gloire (1958) que certains placeraient sans doute beaucoup plus haut mais que je me contente juste de beaucoup aimer.

Affiche de Full Metal JacketAffiche de Full Metal Jacket (1987)

 

      -        Un cran nettement en dessous, je place Lolita (1962) et Shining (1980). Les deux films ne manquent pas de qualité (notamment sur le plan formel et Shining appartient à une époque – il a été tourné entre Barry Lyndon et Full Metal Jacket – lors de laquelle Kubrick avait atteint une sorte de perfection à ce niveau) mais souffrent de lourds défauts sans doute dans les deux cas partiellement liés à l’œuvre adaptée. Le roman éponyme de Vladimir Nabokov (1955) faisait intervenir une héroïne beaucoup plus jeune que ne l’est Sue Lyon dans le rôle de Lolita. Or, utiliser une jeune fille de douze ans ou de seize ans change tout dans l’interrogation sur le désir et la morale. Le film de Kubrick ne peut complètement se remettre de ce problème. Dans le cas de Shining, c’est la matière offerte par le roman de Stephen King (1977) qui est sans doute trop faible. Là encore, malgré les changements apportés, Kubrick n’a pas vraiment su trouver la parade…

 

      -       Enfin, Le Baiser du tueur (1955) est certes un agréable film noir (avec quelques très belles scènes) mais tout de même loin de constituer un film véritablement important d’autant que le manque de moyens est parfois patent. On le pardonnera aisément au jeune Stanley Kubrick. Quant au péplum Spartacus (1960), il est spectaculaire et se laisse suivre mais fait partie de ces superproductions du début des années 1960 largement construites pour mettre en valeur une star (en l’occurrence Kirk Douglas, véritable maître d’œuvre du projet). Il s’agit du film le plus impersonnel de Stanley Kubrick et les plus belles séquences (des extérieurs) sont pour la plupart dues à Anthony Mann que Kubrick remplaça rapidement sur le tournage.

 

eyes wide shutAffiche d’Eyes Wide Shut (1999)

 

    

Au-delà de cette présentation de mes préférences personnelles concernant l’œuvre de Stanley Kubrick, ajoutons un très rapide point concernant la pléthorique bibliographie éditée autour de l’œuvre de l’auteur. J’indiquerai juste les deux ouvrages de référence existant en français. Le premier est celui de Michel Ciment dont la première édition date de 1980 et l’ultime – largement augmentée – de 2004. Il est simplement nommé Kubrick (Paris, Calmann-Lévy). A ce classique est venu plus récemment s’ajouter l’ouvrage très complet de Michel Chion, Stanley Kubrick, l’humain, ni plus, ni moins (Paris, Cahiers du cinéma, 2004), qui aborde chacun des treize films de Kubrick de manière spécifique. Il présente l’avantage d’être très différent – et, donc, à la fois contradictoire et complémentaire – de celui de Ciment. Contestable sur certains films (Orange Mécanique et surtout Full Metal Jacket) et sur la thèse générale – vouloir faire de Kubrick un humaniste en niant (comme si cela était incompatible) son pessimisme ontologique – l’analyse de Chion s’avère particulièrement brillante sur 2001, L’Odyssée de l’espace, Barry Lyndon et Eyes Wide Shut. Enfin, on notera que la biographie de John Baxter (Stanley Kubrick, Paris Seuil, 1999), si elle très utile pour connaître nombre de détails sur la production des films, souffre de ce défaut très répandu dans les livres des journalistes américains, celui de vouloir, à mauvais escient, détruire une légende (voir l’ouvrage de Baxter sur Woody Allen, ceux de Patrick McGilligan sur Fritz Lang et Clint Eastwood et celui de Donald Spoto sur Alfred Hitchcock) en confondant l’homme et l’artiste[2].

 

Affiche de Docteur FolamourAffiche de Docteur Folamour (1964)

 

Ran



[1] Pour composer ma « filmothèque idéale » (dont la publication continue à ce jour), j’ai dû pour me conformer à des critères par moi-même établis (je ne voulais pas mettre quinze Lang et dix Hitchcock – pour citer deux autres de mes auteurs de référence et qui furent largement plus prolifiques que Stanley Kubrick) et ne retenir que trois des cinq films susmentionnés. Les deux qui n’y figurent pas sont peut-être mes plus grands regrets…

[2] Des relents (nauséabonds) de puritanisme y sont toujours plus ou moins présents (alors que ces ouvrages visent par ailleurs à obtenir une large diffusion grâce à leur parfum de polémique…). Quels que soient les défauts des artistes, cela ne disqualifie pas pour autant leur œuvre comme semblent le penser ces journalistes qui, de plus, ne font aucune analyse filmique (ou si peu) dans leurs livres.

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A

Mais si c'est possible, Eyes Wide Shut. Pourtant, au début, j'ai eu quelques difficultés.


Sinon, merci pour l'adresse, je ne connaissais pas. C'est vrai qu'il y a l'air d'avoir un tas de choses là-dedans !
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F

Eyes wide shut c'est pas possible. C'est comme ça.


Bref, je venais surtout pour vous refiler une adresse trouvée sur twitter mais que vous connaissez sans doute. Je l'ai glissé subrepticement dans ma liste de favoris mais il y a de la lecture
pour dix ans. C'est par ici, pas mal d'archives et parfois quelques petites choses rares


Stuff about Stanley Kubrick
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R


Je ne sais pas, j'ai quand même pas trop envie de lire Shining...


Pour Barry Lyndon, je ne sais pas non plus. Je ne veux pas encourager les tendances consommatrices mais l'investissement est, dans ce cas, possible. Sinon, peut-être y a-t-il d'autres
bibliothèques à Nantes ? Et puis, le gouvernement nous avait promis qu'en autorisant plusieurs coupures publicitaires pendant les films, TF1 allait passer de grands films en première partie de
soirée, alors ça devrait arriver...



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Y


Et bien un conseil ! lire le livre pour se rendre compte du travail épatant qui a été fait...(Transcender la bouse demande un sacré génie (car attention, je dois vous prévénir : c'est sacrément
mauvais !)


 


Quant à barry lindon : d'accord, mais ca ne passe jamais à la télé, ca n'est pas sur les sites de VOD et c'est jamais dispo à la bibliothèque. je fais comment ?



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R


Pour Shining, je n'ai pas lu le livre mais je suppose que la matière était plutôt faible (il est vrai que ce n'est pas explicite dans mon texte ; je présente donc mes excuses). Sinon,
j'aurai l'occasion de faire une critique - la date doit être précisée dans le calendrier - dans laquelle j'expliquerai ce que je reproche au film (qui a tout de même de réelles qualités) qui, à
mon avis (qui vaut ce qu'il vaut), n'est pas l'un des meilleurs Kubrick. En tout cas, je pense qu'on sera d'accord pour dire que Shining est meilleur qu'Inception (qui le cite
explicitement)...


Sinon, il faut absolument voir Barry Lyndon!



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