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Still Walking

18 Avril 2010 , Rédigé par Ran Publié dans #Critiques de films récents

Un film de plus sur la famille, ses rancœurs et ses difficultés de communication. Mais, grâce à des personnages réussis et à une juste tonalité, le charme l’œuvre de Hirokazu Kore-Eda finit par opérer et faire de ce petit film une vraie réussite.
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Ryota-et-sa-femme.jpg

Ryota Yokoyama (Hiroshi Abe) et sa femme Yukari (Yui Natsukawa)

 

La famille, thème éternel sur lequel revient, une fois de plus, Hirokazu Kore-Eda dans ce Still Walking. L’intrigue, en effet, présente la réunion de trois générations le temps de deux journées (seule la dernière séquence vient rompre l’unité de temps) chez la plus âgée de celles-ci. Le père (Yoshio Harada) et la mère (Kirin Kiki), donc, président aux retrouvailles de la famille Yokoyama dans lesquelles sont conviés les deux enfants – leur fille Chinami (You) et leur fils Ryota (Hiroshi Abe) – ainsi que leurs conjoints respectifs, les petits-enfants et le fils, Atsushi (Shoei Tanaka), de Yukari (Yui Natsukawa), la femme de Ryota, alors que plane l’ombre, obsédante, du fils aîné, Junbei, mort quinze ans plus tôt en voulant sauver un petit garçon de la noyade. Que se passe-t-il dès lors ? Pas grand-chose car jamais n’explosent réellement les non-dits et les rancœurs alors que les différents protagonistes font régulièrement en sorte de couper court aux questions gênantes – ou vécues comme telles – par des « normalement », « aucun souvenir » ou « aucune importance » qui viennent stopper nettes les conversations.

 

D’où vient alors que dans ce nouveau film sur la famille et, donc, ses conflits entre les générations ou entre les sexes et ses difficultés de communication, le charme opère ? D’une part, parce que Hirokazu Kore-Eda présente avec une certaine tendresse des personnages qui ne sont pas faits d’une seule pièce. Ainsi regarde-t-il – sans les juger – le vieux et déclinant couple des parents détruits par leur douleur et qui se réfugient, pour l’un (le père), dans l’amertume et le mépris, quand l’autre (la mère), sous une apparente bonhommie, cultive la haine et la folie. Mais, de tous les personnages, c’est sans aucun doute Ryota – qui finit d’ailleurs par apparaître comme le personnage principal (c’est lui qui a la parole, en voix off, à la fin de Still Walking) – qui retient le plus d’attention et touche surtout le spectateur. Fils cadet qui n’a pas répondu aux espoirs de sa famille et qui, surtout, n’a pu remplacer le fils aîné adoré, il semble plein d’humanité – même si le réalisateur n’ignore pas ses défauts – et jamais vraiment sa place. Trop grand, il ne cesse ainsi de se heurter aux murs de la demeure et Hirokazu Kore-Eda le filme le plus souvent décadré pour bien signifier qu’il n’a pas su – à tout le moins dans sa famille – trouver sa juste place.

D’autre part, parce qu’au-delà du cas particulier de Ryota, l’auteur adopte une façon de filmer dans laquelle il utilise essentiellement des plans fixes ce qui s’avère, à la fois, très classique et extrêmement doux. Hirokazu Kore-Eda est, en tout cas, assez modeste pour éviter des effets et un maniérisme et qui auraient sans doute peu convenus à son œuvre. On pense d’ailleurs souvent en regardant Still Walking au maître japonais Yasujiro Ozu notamment dans la façon de mettre en scène la préparation de la nourriture. Ainsi la tonalité de ce film – certes mineur – s’avère-t-elle parfaitement juste et fait, de Still Walking l’une des vraies réussites de l’année 2009.

 

Ran

 

Note de Ran : 3

 

Still Walking (Hirokazu Kore-Eda, 2008)

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