Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 09:00

The Descendants n’est pas un mauvais film mais il s’enferme tout seul, comme un grand, dans une contradiction dont il ne sort jamais. Elle le paralyse et le pousse à donner une place bien trop importante au pathos. Dommage, vraiment dommage…

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TD 1 Alexandra (Shailene Woodley), Matt King (George Clooney),

Scottie (Amara Miller) et Sid (Nick Krause)

 

The Descendantsest un bien curieux cas d’école. Voilà un film qui s’enferme immédiatement dans une contradiction dont jamais il ne sortira. Dès l’entame, Matt King (George Clooney), se faisant visiblement le porte-parole d’Alexander Payne, nous annonce que l’histoire qui va être contée se déroule à Hawaï mais pourrait prendre comme théâtre n’importe quel autre lieu. De fait, le drame vécu par le héros a une dimension universelle. Mais, parallèlement, Alexander Paynene cesse de donner au paysage, à l’histoire et au mode de vie hawaïens – qu’il n’éloigne que partiellement des clichés – une importance démesurée au point que tout ne semble que prétexte à montrer l’archipel sous toutes ses coutures. On ne sait dès lors vers quelle réflexion le réalisateur veut nous emmener. En outre, cette contradiction constitutive – qui, à notre sens, n’apporte rien – de The Descendants implique que le film ne sait jamais trouver le ton juste. Dans cette histoire de famille (qui prend souvent, avec un discours central mais peu lisible sur les racines, un tour transgénérationnel), Alexander Payne essaie d’articuler humour et gravité, un peu comme le meilleur Wes Anderson. Mais, irrémédiablement, le pathos l’emporte, l’œuvre en devenant assez lourde à digérer. Comme il a mis trop d’un Hawaï qu’il semble persuadé de filmer à contrepied, l’auteur n’infuse pas assez de légèreté à son long-métrage.

 

TD 2Matt King et Alexandra


Ce qui est fort dommage car il apparaît doué, comme l’est son interprète principal, pour celle-ci. The Descendants est, en effet, souvent fin et les quelques trop rares gags sont efficaces. Bref, l’atmosphère aurait gagné à se réchauffer un peu plus. Le sujet s’y prêtait. Certes, ce n’est pas drôle qu’un homme, lesté de ses deux filles – l’adolescente Alexandra (Shailene Woodley) et la jeune Scottie (Amara Miller)–, soit confronté à la mort (assez) brutale de sa femme (Elizabeth – Patricia Hastie). Mais le délitement progressif de son univers (il apprend que sa femme le trompait avec un certain Brian Speer – Matthew Lillard qui a tout l’air d’être un sinistre abruti), l’aventure qui le rapproche progressivement de ses deux enfants, surtout la plus âgée et le voit être en permanence être flanqué de l’ami de celle-ci (Sid – Nick Krause – dont on mesure mal le degré de bêtise), la rencontre avec des proches souvent déroutants (dont le détestable père d’Elizabeth – Robert Forster – et une tripotée de cousins), se prêtait à un traitement bien plus gai. Que, on n’en doute pas un instant, le cinéaste pouvait, sans trop se creuser la tête, mettre en scène avec efficacité et justesse. Restent des personnages assez solides et crédibles, quelques scènes réussies, de très beaux plans. Puisque, dans ses autres détails, il n’est jamais bâclé, c’est très largement suffisant pour que The Descendants soit un film correct. Mais on aurait véritablement aimé plus, on sentait tellement que c’était possible. On ne cessera donc de se demander : pourquoi Hawaï ? Vraiment, aucune idée. Sur une thématique proche, alors que leur film est, par ailleurs, infiniment plus riche, il ne viendrait à personne l’idée d’interroger les frères Coen sur la pertinence d’avoir situé A Serious Man (2009) dans la communauté juive. C’est toute la différence. On y rit aussi beaucoup plus – bien qu’il soit, in fine, nettement plus noir.

 

TD 3Matt King

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 2

Note de nolan : 1

 

The Descendants(Alexander Payne, 2011)

Par Antoine Rensonnet - Publié dans : Critiques de films récents
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«  Je suis de mon cœur le vampire,

– Un de ces grands abandonnés

Au rire éternel condamnés,

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Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos (extrait)

Le cinéma est l’art du XXe siècle mais un art vampire ; vampire des autres arts devenu, avec le temps, celui de son propre cadavre… Et le vampire est son héros (son mythe ?) principal.

Ces textes et notes lui sont dédiés.

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