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The Green Hornet

20 Janvier 2011 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Le but de cette production n’était sans doute pas de faire rencontrer l’univers de Michel Gondry avec celui des blockbusters mais plutôt de confronter ce dernier à celui de son principal interprète, Seth Rogen, le réalisateur français se chargeant, avec un talent certain, de la décoration et peut-être d’un peu plus… Pas mal du tout.

 

green-hornet.jpg

"Father/ Yes son?/ I want to kill you/ Mother, I want to..."

(Seth Rogen et Cameron Diaz)

 

Un super-héros de plus. The Green Hornet était une série radiophonique dans les années 30, puis télévisée dans les années 60. Elle raconte l’histoire d’un milliardaire qui décide d’utiliser sa fortune pour faire régner la justice aidé par son fidèle Kato. La version cinéma repose sur une idée toute simple tirée de l’imagerie de la série télévisée : c’est Kato qui fait tout le boulot. En effet pour ceux qui ont eu la chance de voir la série, le Frelon Vert (Van Williams) se faisait transporter par son chauffeur (Bruce Lee), également expert en arts martiaux. Et le film décrit avec humour, la différence de compétence entre Kato (Jay Chou) et Britt Reid (Seth Rogen). Sur cette base, l’acteur principal et son acolyte font merveille, puisque leur histoire d’amitié contrariée rappelle par moments Supergrave (Gregg Mottola, 2007 également co-scénarisé par Seth Rogen). On y retrouve aussi cette nostalgie liée à la fin de l’adolescence, ce moment où il va bien falloir arrêter de faire des conneries. Et au flic permissif et déviant que Rogen interprétait dans Supergrave, se substitue un jeune milliardaire qui, avec son pote, va mettre la ville sens dessus-dessous, détruisant avec application et pour le plaisir du spectateur, monuments, maisons, bureaux, ouvriers et sénateurs. En outre, Britt Reid, le bavard et Kato le taiseux (en réalité pas tant que ça mais, face au débit de son boss, il apparaît  fort laconique) se jalousent Lenore (Cameron Diaz, dans un rôle qui rappelle celui qu’elle tenait dans Knight and Day – James Mangold, 2009). Ils finiront même  par se battre, dans ce qui ressemble à un hommage à la série des Panthère rose (entre 1963 et 1983) de Blake Edwards dans lesquels l’inspecteur Clouseau (Peter Sellers) affrontait… Kato (Burt Kwouk), son serviteur, quand il rentrait chez lui. Sauf que Kato n’était alors qu’un faire-valoir.

Au-delà de ces quelques références, on se posera cette première question : où se situe The Green Hornet dans les films de super-héros ? A l’évidence, en  abordant ce genre, adolescent par excellence, l’œuvre travaille sur le (difficile et guère amusant…) passage à l’âge adulte. Les personnages sont ainsi divisés en trois catégories : les gamins (Britt et Kato), les adultes au bord ou en pleine crise de la quarantaine (Lenore et Chudnovsky – Christoph Waltz) dont le pouvoir de séduction est interrogé, et enfin les vieux (le père de Britt, James Reid – Tom Wilkinson – qui meurt au début du film, et son bras droit – Edward James Olmos), constamment empêchés de travailler. Le complexe d’Œdipe serait-il alors au cœur de The Green Hornet ? Cette interrogation connexe mérite d’être posée, et je m’étonne qu’elle ne le fût guère dans les articles que j’ai pus lire sur le film[1]. En effet, Britt Reid cherche, par tous les moyens, à éliminer l’héritage de son père (celui étant déjà mort, il doit le tuer d’une autre manière) : il vandalise une statue érigée à son effigie ou encore détruit l’ensemble de la salle de rédaction de son journal à la fin du film (je n’en dis pas plus). Sa mère étant également décédée, il cherche à coucher avec la seule figure maternelle du film, Lenore Case dont la différence d’âge avec Britt est largement soulignée lors de son entretien d’embauche. Kato aussi se trouve pris dans ce petit jeu puisqu’il était le fils spirituel de James Reid mais souffrait – déjà – d’un manque de reconnaissance. Par ailleurs, il craque complètement sur Lenore (qui adoptera avec celui-ci un comportement bien plus ambigu qu’avec Britt). Pour le reste, on pense un peu au récent Kick-Ass  mais en plus poli car si les classiques figures de super-héros sont détournées avec un côté sale gosse réjouissant, cela n’est jamais, contrairement au film de Matthew Vaughn, véritablement subversif ou inquiétant.

Autre question : quelle est la place du réalisateur Michel Gondry dans The Green Hornet ? Dans les gadgets – un peu désuets et vintage mais presque toujours classes –, dans quelques scènes fortes notamment une baston dans lesquels les éléments se démultiplient ou une scène d’explication convoquant son imaginaire fait de bric et de broc et peut-être encore dans cette utilisation assez ludique de la 3D qui s’intéresse prioritairement aux objets qui volent et place le mobilier en plein dans le champ. Et puis, finalement peut-être que Michel Gondry, c’est Kato, ce serviteur qui sait tout faire mais reste au second plan[2] ; le réalisateur est à l’aise dans le documentaire, les clips, les long-métrages romanesques et, aujourd’hui, le film d’action. Mais, ici, la star, c’est l’acteur principal. Et cette scène dans laquelle Britt Reid découvre avec un enthousiasme limité, le cadeau de Kato, un pistogaz – un jouet quoi ! – traduit peut-être bien les relations de la vedette avec le Français : parfois discordantes mais plutôt fructueuses.

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

 The Green Hornet (Michel Gondry, 2010)

 

[1] Après recherche, j’ai vu que Positif en parlait. L’auteur parle aussi d’« assertion quasi-nietzschéenne comme quoi le super-héros à cape et collants est mort ». Je ne sais pas ce qu’est une assertion quasi-nietzschéenne. Je sais seulement que Nietschze est un super-héros allemand, qui battait ses ennemis en réévaluant leurs valeurs morales mais qui a eu le toupet de tuer Dieu (sa nemesis). Son fidèle acolyte, le Surhomme, qui la ramenait éternellement avec sa volonté de puissance, aura eu raison de sa santé. Je compte sur Ran, amateur de ce personnage, pour nous apporter les éclaircissements nécessaires.

[2] The Green Hornet pourrait être ainsi vu comme un hommage à ces artistes oubliés quand tous les lauriers reviennent, injustement, à une seule personne. Je ne pense toutefois pas que le film adopte un propos si tranché. On pourra constater que Britt Reid, malgré sa maladresse et sa mauvaise foi, se montre assez habile pour utiliser le potentiel des autres : il découvre ainsi immédiatement les qualités intellectuelles de Lenore Case ainsi que celles physique et technique de Kato.

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nolan 23/01/2011 22:32



J'aime beaucoup Eternal Sunshine (que j'ai effectivement vu avec Ran). Je ne sais pas trop quoi dire dessus car je ne l'ai pas revu depuis. Mais j'avais été enchanté par la description
de la relation amoureuse avec cette machine qui permettait d'oublier la douleur de la rupture (et qui foire complétement). Mais je trouve que le reste de la filmo de Gondry est moyenne, pas
désagréable mais un peu limitée. Je trouve que son pote Jonze est bien meilleur.



Flow 22/01/2011 14:11



Je ne l'ai pas vu mais ça ne devrait pas tarder!


Le complexe d'Oedipe... Un thème inépuisable!



Ran 22/01/2011 00:45



nolan répondra sur Eternal Sunshine (après tout, c'est son article) que nous avions du voir, si ma mémoire est bonne, ensemble. Je garde, pour ma part, un excellent souvenir de ce film
quoiqu'un peu flou - il faudrait donc que je le revoie. Mais il me semble qu'effectivement, il réussissait très bien à retranscrire un sentiment et surtout à saisir des instants dans lesquels les
émotions étaient parcourus par différents possibles. Et c'est, je pense, l'une des choses les plus difficiles à faire au cinéma - sans que le spectateur ne se rende toujours bien compte dans la
mesure où ce n'est pas du grand spectacle. Très récemment, un plan m'avait ainsi beaucoup impressionné dans le dernier Woody Allen, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu. De
même, dans l'ultime opus d'Ingmar Bergman, Saraband, il y avait quelques séquences qui atteignaient à cette sorte de grâce.



Grégoire 21/01/2011 23:19



Effectivement, je partage presque entièrement l'enthousiasme et les restrictions que vous
énoncez à propos de The Green Hornet et de Gondry en général. Par contre, Eternal Sunshine tient à mes yeux plus ou moins du miracle, tant il retranscrit magnifiquement un sentiment. Votre avis
en deux mots dessus? :-)



Ran 21/01/2011 19:39



Pas de quoi, mon cher nolan.


Juste une remarque sur ce film que je n'ai point vu. Il n'y a sans doute pas vraiment lieu de regretter quoi que ce soit à propos de Gondry (sur l'oeuvre duquel je partage le point de vue de mon
acolyte) : ce projet n'était pas le sien. Autrement dit, s'il avait été totalement libre, il ne l'aurait pas tourné. Toutes proportions gardées, il occupe à peu près la même place que Stanley
Kubrick vis-à-vis de Kirk Douglas sur le tournage de Spartacus.



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