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The Limits of Control par Ran

6 Décembre 2009 , Rédigé par Ran Publié dans #Critiques de films récents

Exercice de style codé d’un auteur en roue libre ou chef d’œuvre d’un artiste au sommet de sa créativité ? Les avis divergeront sur le nouvel opus de Jim Jarmusch. Mais, personnellement, totalement sous le charme de ce The limits of Control, je choisis la deuxième proposition.

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Le héros solitaire (Isaach de Bankolé)

 

On pourrait ne voir dans The limits of Control qu’un nouvel exercice de style de Jim Jarmusch dans lequel celui-ci s’amuserait à revisiter son propre cinéma. En effet, comment en découvrant ce nouvel opus du réalisateur ne pas songer à certains de ses films précédents notamment à Ghost Dog (1999), le hiératisme de ce héros sans nom (Isaach de Bankolé) –  peut-être encore plus proche de Jef Costello (Alain Delon), Samouraï (1967) chez Jean-Pierre Melville – évoquant irrésistiblement celui dudit Ghost Dog (Forrest Whitaker), autre tueur professionnel, ou encore au récent Broken Flowers (2005) dans lequel Don Johnston (Bill Murray) se lançait dans un improbable voyage lors duquel il multipliait les rencontres. Cela n’est pas faux et le spectateur n’est certes pas plongé en terra incognita en découvrant ce film. Pourtant, l’enthousiasme l’emporte très largement.

 

Cela tient, pour une part, à la beauté formelle de The limits of Control qui, bénéficiant de la superbe photographie de Christopher Doyle – qui a déjà eu l’occasion de prouver toute l’étendue de son talent lors de ses collaborations avec Wong Kar Wai et Gus Van Sant – montre à quel point Jim Jarmusch maîtrise l’espace cinématographique qu’il crée. Il multiplie ainsi les surcadrages et compose parfois – notamment au moyen de jeux de miroirs – des plans extrêmement complexes qui s’articulent élégamment avec la contemplation de paysages. Quant à la musique – qu’il s’agisse de compositions originales, de morceaux de musique espagnole ou de Frantz Schubert – sans être omniprésente, elle est, comme toujours chez Jarmusch, décisive et participe pleinement de la réussite du film. D’autre part, ce qui intéresse notre auteur reste de filmer le moment des rencontres[1]. Celles-ci sont nombreuses au cours du film et toujours surprenantes entre le héros et ses différents interlocuteurs qui, tous, lui parlent – sans que jamais ou presque il ne réponde – de l’artificialité du monde réel et de la nécessité de l’art. C’est peut-être avec les femmes que les rencontres du héros sont les plus belles. Cela occupe l’essentiel de la première moitié du film et Jim Jarmusch, en effet, joue avec une efficacité certaine de l’opposition entre le corps du héros qui – même s’il garde, grâce (ou à cause) de ses pantalons assez larges, de ses jambes un peu arquées et de ses pieds tenus en canard, une certaine souplesse – est marqué par la raideur (qu’il abandonne dans l’ultime scène) notamment celle du buste et surtout des traits du visage et ceux féminins –en particulier celui, tout en rondeurs, de cette étrange femme nue (Paz de la Huerta). Concernant le héros, on remarquera également qu’au travers de son visage impavide, le cinéaste sait mettre en valeur les imperceptibles émotions qui y percent.

 

Alors, bien sûr, dans ces conditions, l’intrigue n’a qu’une importance très relative et ses répétitions des dialogues (« vous ne parlez pas espagnol ? »), des (deux) cafés pris par le héros et des échanges de boîtes d’allumettes ne sont que des codes qui fonctionnent tel le célèbre macguffin hitchcockien. En vérité, on ne comprend guère l’histoire et le meurtre que commet le héros pour que des individus indéfinis et obsédés par la rationalité ne prennent pas le contrôle sur l’humanité n’est qu’un artifice de plus. Cette scène permet toutefois de renforcer – comme dans Ghost Dog – la nature fantomatique du héros (comment a-t-il pénétré la forteresse?) et offre à Bill Murray l’occasion de réaliser – avec le talent qu’on lui connaît – un grand numéro comique qui tranche avec le reste du film. Mais l’important reste ailleurs, c’est-à-dire dans ce voyage à travers l’Espagne – à un rythme relativement apaisé et qui utilise tous les moyens de transports possibles ou presque (train, voiture, avion) – et surtout dans ces moments de courtes rencontres (et celle, finale, du héros et de Bill Murray est plus qu’intéressante) que Jim Jarmusch filme aujourd’hui mieux que personne. Aussi, pour moi, The limits of Control se place sans nul doute parmi les meilleurs films de l’année et confirme la place éminente qu’occupe son auteur parmi les réalisateurs contemporains.

 

Ran

 

The Limits of Control (2009), de Jim Jarmush

 

Note de Ran : 5

La critique de nolan



[1] La forme cinématographique, précédemment évoquée, et la thématique de la rencontre sont, bien sûr, liées. Il s’agit toujours, pour Jim Jarmusch, de créer un cadre (ou un espace) propre – qu’il le contrôle ou pas – à un héros unique dans lequel il est amené à faire ces fameuses rencontres.

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