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Time Out

5 Décembre 2011 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Nous pourrons toujours nous interroger sur ce qui s'est passé lors de la production de Time Out pour aboutir à un film aussi … inabouti. Andrew Niccol nous avait habitués, dans un registre similaire, à un niveau de réussite plus élevé. Echouant à dépasser son cadre, Time Out est un divertissement du dimanche soir.

 

Will Salas (Justin Timberlake) vit dans un futur proche dans lequel l'immortalité existe. Mais elle a un prix : le temps est devenu monnaie. A compter de 25 ans, le corps se fige, pour toujours, dans son enveloppe physique et il faut travailler pour gagner quelques années supplémentaires. Le monde est divisé en zones de temps en fonction de l'importance des revenus. Comme dans le chef-d’œuvre de Niccol, Bienvenue à Gattaca (1998), il s'agit d'être bien né pour durer. Comme dans Bienvenue à Gattaca encore, ce sont les ressources d'un nanti suicidaire (Hamilton - Matthew Bomer) et l'amour d'une bourgeoise (Sylvia - Amanda Seyfried) qui vont transformer la vie de Salas. Après la mort soudaine de sa mère (Olivia Wilde), celui-ci, désormais riche, décide d'aller semer la zizanie chez les plus aisés.

 

time_out-seyfried-timberlake.jpg

Justin Timberlake et Amanda Seyfried

 

A partir de ce pitch, le film déroule une histoire bien construite mais ultra-balisée. A notre grand regret, dialogues et scènes explicatifs encombrent ce film. Qui, assez court et très rythmé, ne contient pas beaucoup de gras mais pas tellement plus de matière. Nous aurions rêvé voir cette société « récupérer » le héros, Clyde Barrow du futur, le neutraliser, ou tenter de le faire, comme elle a su enchaîner les populations. Quant à l'histoire d'amour, elle faillit à transmettre le sentiment d'ivresse, l'intensité d’un moment menaçant, faute de temps, de s'éteindre. Tout n’est pourtant pas mauvais dans Time Out qui recèle son lot de beaux moments. Quand la nuit tombe, la photographie de Roger Deakins fait des merveilles. Et la mort de la mère de Will, la seule femme de sa vie comme le fait discrètement comprendre le film, est une véritable réussite. Classique en diable mais d'une efficacité redoutable, la scène est placée au bon moment pour compléter la motivation du héros d'aller, quitte à tout perdre, perturber l'océan de tranquillité dans lequel nagent les millionnaires dirigeant le monde. On appréciera le look rétro et futuriste retenu et cette volonté de figer la population : les gens sont souvent très beaux (surtout Sylvia, en Anna Karina de science-fiction, et Hamilton) ce qui donne l'impression de feuilleter un magazine de mode. Cela s’avère assez glaçant, sans jamais être surligné, mais, encore une fois, la malédiction de l'immortalité reste une idée insufflée sans être vraiment creusée. De même, celle qui consiste à présenter des opprimés pas forcément meilleurs que leurs bourreaux – en vrac : de celui (Johnny Galecki) qui se voit offrir dix ans et se saoule à mort plutôt que d'aider sa famille jusqu’à un Time keeper (Cillian Murphy) d'origine ouvrière qui défend mordicus l'ordre établi, en passant par un mouchard qui agit plus pour avoir "sa part" que pour sauver sa vie – a le mérite d'être présentée mais n'est pas réellement exploitée. Enfin Niccol a un peu de mal à articuler son propos. Son film est une ode à la révolution par les armes qu'il contrebalance maladroitement, un banquier (Vincent Kartheiser) expliquant que si révolution il y a, elle ne durera pas plus de deux générations. Il semble hésiter entre une charge sans ambiguïté et un propos qu'il veut plus pessimiste. Le résultat n’apparaît guère satisfaisant. Pour faire une petite mise en abyme du dimanche, Andrew Niccol signe un film synonyme de sa propre défaite. Jusqu'à présent, l'auteur avait réalisé des films de grande qualité, pessimistes et divertissants, ironiques mais profonds. Tous ont été de lourds échecs commerciaux. Mais à chaque fois Niccol reprenait le chemin des plateaux, obtenait le budget nécessaire et semblait bénéficier d'une grande liberté. Time Out (1) ne paraissait pas devoir déroger à la règle : réminiscences de Gattaca, devenu culte, casting glamour et scènes d'action, le tout avec un budget moyen. Mais, artistiquement, son film est faible. Par contre, il sera rentable. Souhaitons qu'il réussisse sur les deux tableaux à son prochain essai. Mais surtout qu'il revienne au niveau de ses précédentes œuvres.

 

nolan

 

Note de nolan : 2

 

Time Out (Andrew Niccol, 2011)


 

(1)Dont le titre original est In Time. Pourquoi les Français ont-ils choisi cette traduction ? Il y a, à notre sens, deux théories : la première est l'idiotie. Cela arrive. La seconde est que la boite de com n'aime pas le titre original et préfère un Time Out plus sensé au vu du film. Ce qui se discute mais la manière n'est pas des plus élégantes.   

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Antoine 07/12/2011 22:01


On est que deux !

Christophe 07/12/2011 19:18


Je m'en rends compte. Je n'avais pas vu qu'il y avait plusieurs auteurs (deux ?)... Mais ce n'est pas grave, j'ai cité le bon dans mon article  Mais c'est un plaisir de vous lire...

nolan 07/12/2011 19:01


Il y a erreur sur la personne. Antoine a écrit sur l'anarchie de Renoir. Pas moi. Mais merci pour la citation.

CHRISTOPHE LEFEVRE 06/12/2011 23:17


On finit sur la même interrogation  Mais je ne suis pas allé jusqu'à formuler des théories, je reste interrogatif...
Pour le reste, je crois qu'on est assez d'accord, des bonnes chances mais mal exploitées...


Je viens de faire une article sur La fille de l'eau, de J Renoir. J'en ai profité pour citer ton texte sur son anarchisme...

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