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To Rome with Love

23 Juillet 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Le vieux maestro fait l’imbécile pour notre plus grand plaisir. Il n’a plus rien à prouver et veut juste à s’amuser en jouant avec ses vieux démons. A cette pulsion de rire, on se laisse prendre sans peine.

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TRWL 1Jerry (Woody Allen) et Phyllis (Judy Davis)

 

Le vieil homme est alerte. Il le sait, le montre – quitte à revenir à l’écran après s’être offert un enterrement en grande pompe six ans plus tôt (dans Scoop) – et, évidemment, c’est un plaisir. Pourtant, Woody Allen, qui en a tant signé, ne vise clairement pas au chef-d’œuvre avec ce To Rome with Love. Il semble juste vouloir s’amuser un peu plus en modérant ses ambitions et ses obsessions. Les unes et les autres ne sont pas complètement absentes de son nouvel opus mais apparaissent en retrait. L’auteur se plaît à conter, en développant une narration fluide et en se passant d’une construction rigoureuse, quatre histoires qui ne se croisent pas : deux jeunes tourtereaux, Antonio (Alessandro Tiberi) et Milly (Alessandra Mastronardi), découvrent, respectivement avec une prostituée (Penélope Cruz) et un acteur (Antonio Albanese), les joies de l’amour illicite ; Leopoldo Pisanello (Roberto Benigni), homme on ne peut plus banal devient, sans aucune raison, une célébrité ; Jack (Jesse Eisenberg), étudiant en architecture, flanqué du fantôme d’un maître (Alec Baldwin), tombe, aussi stupidement que classiquement, amoureux d’un fantasme (Monica – Ellen Page) qui ne brille qu’en surface ; les pères, Jerry (Woody Allen), producteur à la retraite d’opéras ‘‘avant-gardistes’’, et Giancarlo (Fabio Armiliato), croquemort et excellent chanteur de douche, de Hayley (Alison Pill) et Michelangelo (Flavio Parenti), jeune couple américano-italien, se piquent, après leur rencontre, de monter ensemble Pagliacci (opéra de Ruggero Leoncavallo créé en 1892).

 

TRWL 2Antonio (Alessandro Tiberi) et Anna (Penélope Cruz)

 

Il n’y a que deux points communs aux différents segments du film : le cadre romain, bien sûr, et ces multiples moteurs irréalistes qui permettent à chaque sketch de fonctionner à plein régime. Puisque l’amour est souvent présent et que l’ombre de la psychanalyse n’est jamais très loin (notamment au travers du personnage de Phyllis – Judy Davis –, la femme de Jerry), To Rome with Love brasse bien en son sein nombre de bribes déjà entrevues dans la riche carrière de son auteur. Mais, il ne se donne pas pour vocation de les ramasser, le drame étant absent et, avec lui, les idées noires de l’auteur. C’est la charmante bizarrerie de l’œuvre : elle se donne des airs de nouveau film-carte postale, s’intègre donc au cycle commencé avec Match Point (2005), mais Woody Allen n’a peut-être jamais si proche de renouer avec l’inspiration légère et délirante de ses débuts (les films de la période précédant Annie Hall – 1978). Dans la capitale italienne, rien n’apparaît véritablement grave et tout est prétexte à aller jusqu’au bout de l’absurde et du loufoque. La représentation de Pagliacci sera, en ce sens, le sommet attendu du film et son plus grand éclat de rire. Pour le reste, on pourra juger que la vision de Rome par Woody Allen n’a rien d’originale. Peut-être. Cependant le cinéaste, visiblement plus adepte de la flânerie que du voyage touristique trop organisé, admet régulièrement, par la voix de ses multiples personnages, son goût pour les clichés. Il les préfère d’ailleurs joyeux. Et ne rend-t-il pas un bel hommage à l’éternité de la Ville – et, plus encore, à celle de son talent ?

 

TRWL 3John (Alec Baldwin), Monica (Ellen Page) et Jack (Jesse Eisenberg)

 

Antoine Rensonnet

Note d’Antoine Rensonnet : 3

To Rome with Love (Woody Allen, 2012)    

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Antoine 23/07/2012 15:48


C'est vrai que Woody Allen range Eisenberg, dans ce film, dans la (longue) liste de ses doubles.


Sinon, le réalisateur a un talent exceptionnel pour la légereté mais il est tout de même rare qu'il la choisisse comme seule tonalité d'un de ses films (idem, d'ailleurs, pour la gravité).

Lalalère 23/07/2012 12:41


Jesse Eisenberg ... lunaire et à côté d'ses pompes, comme Woody ! Et Woody ne s'y est pas trompé.


La légèreté et le ludique du cinéma d'Allen n'ont pas de prix. 

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