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Tournée

14 Juillet 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

La superbe affiche du film donnait envie et la très bonne réception critique également. Bingo, Tournée, le quatrième film de Mathieu Amalric est une réussite. Diablement drôle et sans temps mort, le film est porté par son auteur/acteur électrique et ses gouailleuses show-girls.

 

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tournee.jpgMathieu Amalric et toute la clique

 

Qui est donc ce producteur au costume étriqué, à la moustache so eighties, clope au bec et stress à l’estomac ? Joachim Van Zand, producteur grillé en France parti aux States pour se refaire une santé et tentant avec sa troupe de New-Burlesque un retour au bercail. Sa troupe ? Cinq effeuilleuses plus très jeunes, cinq caractères, qui font revivre à leur manière les numéros de music-hall, avec une lampée de féminisme, une touche de poésie et une grosse dose d’énergie. Cinq américaines in the middle of nowhere. Car avant un supposé final triomphal à Paris, les filles tournent en Province avec un certain succès. La France, exceptée une visite éclair de la Rochelle pour filer au restaurant qui fait des fruits de mer, c’est surtout les hôtels Mercure et leur hall d’accueil avec télé et musique réglée « à un certain niveau ». Pas rigolo tout ça. Pourtant le film est absolument drôle. Il y a bien sûr les danseuses et leur impeccable gouaille, leurs cinglantes réparties et leurs insolents numéros (notamment God Save USA) ou délicats mais aussi Mathieu Amalric dans le rôle de Joachim, assez proche de celui d’Un Conte de Noël (Arnaud Depleschin, 2008). Colérique, protecteur, égocentrique, désespéré, Joachim passe par pour tous les états, l’humeur en perpétuelle ébullition. Revenir à Paris, c’est aussi retrouver sa famille, sa vie d’avant et ce retour ne peut qu’être difficile tant on devine au fil des rencontres qu’il fut un personnage peu aimable. Dans un excellent numéro de flirt, il se montre charmant face une inconnue qui l’est également. Elle est le seul personnage avec qui il ne se disputera pas. Elle est aussi le seul personnage sans passé commun avec lui. Cette scène de séduction en rappelle une autre dans Roi et Reines d’Arnaud Desplechin (2005) mais réalisé d’une autre manière : là où Desplechin jouait sur un cadrage serré où les visages se rapprochaient, se touchant presque avec la tension sexuelle qui s’y révèle, Amalric sépare les deux par un plexiglas ! La scène se passe dans une station service en pleine nuit : lui dehors pour payer, elle dans son box de caissière. Elle ouvre une série de rencontres entre le producteur et les figures de son passé qui seront largement moins douces mais toutes féroces et hilarantes. Pour donner un avant-goût de ces entrevues, je cite la réponse du jeune fils de Joachim à la question de savoir si le voyage s’était bien passé : « On s’est fait chier dans un hôpital avec une folle et papa s’est fait casser la gueule ». Parcouru par de très courtes ellipses temporelles, le métrage ne connaît aucun répit. Interrompant systématiquement les scènes par un évènement qui enchaîne sur la suivante qui sera interrompue de la même manière. A titre d’exemple, je retiens une très bonne séquence dans le hall d’un des hôtels dans laquelle s’alternent un mariage chinois en salle de réception et une dragouille au bar entre une danseuse et un vendeur de progiciels qui finissent par se percuter (c’est le moins que l’on puisse dire) avant de finir dans les toilettes où de très jeunes demoiselles d’honneur gloussent en entendant les gémissements de plaisir de la show-girl.

Dans la dernière partie du film l’insaisissable producteur se fait dompter par l’une des danseuses, Mimi le Meaux. La danseuse, Marylin Monroe plus toute fraîche, mystérieuse femme blessée, est la figure lucide d’un cirque où le show est la meilleure échappatoire de la réalité. Joachim en étant, comme le dessine la dernière scène, un rugissant M. Loyal.

nolan

 

Note de nolan : 4

 

Tournée (Mathieu Amalric, 2009)

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nolan 18/07/2010 21:53



Merci yoye,


Pour Buffalo Bill, je ne sais pas car je ne connais pas. Mais le look de Joachim est finalement aussi exagéré que celui de ses danseuses sur scène.


Le film ne ressemble certes pas aux comédies françaises actuelles mais hormis la dernière partie, il est souvent très drôle. Je vous l'accorde, la salle n'était pas hilare, timide, je ne riais
donc pas trop fort. Pourtant, même dans des moments assez graves, le film tend vers le sourire. Par exemple, quand Joachim vient quémander une salle, le "ballet" avec son frère est tragi-comique.
Je me suis marré parce qu'Amalric lutte contre lui-même pour ne pas exploser, ses mimiques sont drôles et lorsqu'il décide d'aller casser la gueule au directeur de salle, à peine est-il parti que
son frère l'emporte et le balance comme un pantin désarticulé. C'est triste mais c'est assez burlesque.


Concernant votre réserve, je suis assez d'accord. Cette scène souffre d'une certaine lourdeur par rapport au reste.



yoye2000 16/07/2010 13:27



Personnellement, le look eighties m'a plus fait penser à Buffalo Bill et son Barnum (le cow boy d'opérette et ses freaks).


Mais bon, ca se discute. Pas trop d'accord par contre sur 'drôle'. Parce que ça n'est pas spécialement drôle, on est loin de la comédie. Simplement le film réussi a assortir des éléments
parfaitmeent disparates, à en faire quelque chose de cohérent et de léger, d'inclassable et d'étrangement sacréement réussi. Chapeau.


Quelques réserves : une tendance a peut-être abuser des numéros en scène , qui plombe parfois le tout. Mais ça, il faut le reconnaitre, c'était dans le cahier des charges. Et aussi un
scène étrangement foirée dans le supermarché (mais largement  éclipsée par la (formidable) scène de flirt de la station service..)


Tout ça pour dire que oui, ça vaut bien un 4.


 



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