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True Grit par Ran

1 Mars 2011 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

True Grit, premier vrai western des frères Coen, était très attendu. Au final, même si on pourra lui reprocher son trop grand classicisme, il s’agit d’une nouvelle très grande réussite tant d’un point de vue plastique que thématique.

 

Spécial Coen 

TG 1

Mattie Ross (Hailee Steinfeld) et Rooster Cogburn (Jeff Bridges)

 

Après avoir beaucoup malaxé – avec génie, le plus souvent – les codes du cinéma de genre américain de l’âge d’or, signé certains films qui s’inscrivaient directement dans l’un d’entre eux – Miller’s Crossing (1990) et le film de gangsters ; The Barber (2001) et le film noir ; Intolérable cruauté (2003) et la screwball comedy –, il était absolument logique que les frères Coen réalisent, enfin, un vrai western. D’autant qu’ils avaient déjà largement flirté avec celui-ci (notamment dans Fargo – 1996 – et No Country for Old Men – 2007) qui constitue l’une de leurs principales références alors que la problématique de la domination de l’espace est au cœur de leur œuvre comme elle constitue, le plus souvent, l’enjeu majeur du genre. Voici donc le très attendu True Grit, remake d’un western éponyme (nommé Cent dollars pour un shérif en version française) et tardif d’Henry Hathaway (1969) et adapté du roman de Charles Portis (1968). C’est également pour les auteurs l’occasion de renouer avec un casting prestigieux à l’inverse de celui de leur précédent opus, très réussi et très différent, A Serious Man (2009).

 

TG 2

Rooster Cogburn

 

Respectant les canons et l’esthétique du western classique, les frères Coen nous entraîneront dans un superbe voyage en un territoire dominé par les Indiens (pourtant presque absents du film), espace qu’aucun des personnages ne peut prétendre maîtriser. Plastiquement splendide, True Grit évoque, dans sa façon de montrer la beauté d’une nature sauvage, les œuvres d’Anthony Mann (notamment L’Appât – 1953) plutôt que celles de John Ford – même si l’on peut tout de même songer à La Prisonnière du désert (1956) notamment lorsque Rooster Cogburn (Jeff Bridges) est surcadré à l’entrée d’une grotte. D’un point de vue thématique, il revient sur la place de l’argent (pour lequel on ne cesse de s’entretuer) et sur l’idée de la nécessité d’imposer la loi et l’ordre sur l’ensemble du territoire américain. Mais ces éléments, quoiqu’omniprésents, n’ont plus guère qu’une portée toute théorique dans l’aventure dans laquelle sont plongés les personnages et le second, invoqué à tout instant – y compris en latin dans la bouche (blessée) de LaBoeuf (Matt Damon) –, semble partiellement dénaturé en n’étant incarné que par un ranger du Texas (LaBoeuf), plus chasseur de primes qu’autre chose, et un marshall alcoolique au dernier degré (Rooster Cogburn).

 

TG 3

LaBoeuf (Matt Damon)

 

Aussi la thématique principale du film est-elle bien celle de la vengeance et de la justice ce qui place, d’emblée, le film sous les auspices de Fritz Lang (que l’on pense seulement à cet immense western qu’est L’Ange des Maudits – 1952), auteur que les frères Coen connaissent bien (ils l’avaient notamment prouvé avec The Barber). Ainsi une jeune fille de quatorze ans, Mattie Ross (Hailee Steinfeld qui offre une excellente composition), que l’on suivra pas-à-pas durant les deux heures de True Grit, engage-t-elle Rooster Cogburn pour tuer Tom Chaney (Josh Brolin), l’assassin de son père. Au bout de son périple – auquel se joindra également LaBoeuf –, elle parviendra à ses fins (réussissant donc, ce qui est toujours d’une importance certaine pour le héros coenien, à écrire le scénario du film) mais en paiera le prix – très fort. Et cette enfant à laquelle, au vu de son énergie (toute juvénile ce qui la rend parfois très touchante) et de sa détermination précoce, la vie semblait promise devra se contenter d’une existence fort terne. Elle aura d’ailleurs dû subir, comme dans nombre d’œuvres de Lang, la terrible épreuve du souterrain (celui-ci – Steven Spielberg n’est pas pour rien le producteur exécutif de ce film – étant empli de serpents). Quant à ses compagnons d’équipée, l’un (LaBoeuf), qui ne cesse d’ailleurs d’entrer et de sortir de l’action, s’évaporera définitivement quand l’autre (Rooster Cogburn), devenu un homme du passé, en sera réduit à connaître une existence misérable dans l’un de ces cirques qui chantent la légende envolée de l’Ouest. Peut-être notre héroïne paie-t-elle aussi le fait de s’être ancrée dans un monde en train de mourir (celui du cheval plutôt que celui du train…). Ainsi s’incarne, avec une certaine complexité, l’idée de justice dans True Grit. Et, une extrême amertume – qui, depuis No Country for Old Men tend à prendre une place de plus en plus grande dans les films des frères Coen – s’empare alors de l’œuvre, celle-ci se concluant par ces mots (en voix-off) d’une Mattie Ross (alors joué par Elizabeth Marvel), désormais âgée et aux traits figés : « Le temps nous file entre les doigts ». Quoique bien triste, cette fin n’en est pas moins résolument nécessaire au vu du sujet, le film ne pouvant donc être aucunement soupçonné de faire l’apologie d’une vengeance dont l’auteur est, irrémédiablement, condamné.

 

TG 4

Rooster Cogburn

 

Mais l’amertume n’est toutefois pas la tonalité dominante de ce True Grit qui, comme nombre de films du duo, laisse la part belle à l’humour, celui-ci étant principalement lié au truculent personnage de Rooster Cogburn et au débit logorrhéique des deux compagnons de Mattie qui se montrent bien plus immatures que la jeune fille en ne cessant de se chamailler à tout propos. La plupart des personnages, le trio de héros en tête mais aussi nombre de ces bandits aux têtes très improbables, apparaissent d’ailleurs tout à fait sympathiques. True Grit est ainsi un nouvel exemple du sens comique des auteurs. Et celui-ci s’articule, comme toujours, harmonieusement avec la tension, de nombreuses séquences montrant toute leur maîtrise du suspense (et, parfois, de la surprise). Au final, ce film apparaît donc comme véritablement coenien et s’il ne transcende certes pas le genre auquel il rend un très bel hommage, son absolue beauté formelle et son indéniable efficacité (tant au niveau du rythme que dans le maniement de thématiques ambigües) lui permettent d’emporter une totale adhésion. Bref, il s’agit là d’une incontestable réussite qui ne déparera pas du tout dans l’immense œuvre de ses auteurs.

 

TG 5

Mattie Ross

 

Ran

 

Note de Ran : 4

 

True Grit par nolan

 

True Grit (Joel et Ethan Coen, 2010)

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Common Troubleshooting for Flash Media in Internet Explorer 25/08/2014 14:51

It is one of the best classic Wild West stories ever told by the directors Cohen brothers. They are one of the best duo directors after the Wachoski twins who directed the Matrix trilogy. This movie showcased a young girl seeking revenge for the murder of her father with the help of Matt Damon and Jeff bridges.

Ran 05/03/2011 00:13



Il me semble - et certains de leurs films le prouvent - que les frères Coen sont capables de se montrer extrêmement rigoureux en terme de mise en scène même s'ils n'atteignent sans doute pas à la
perfection langienne et que True Grit n'est peut-être pas le meilleur exemple.


Par ailleurs, si j'ai beaucoup aimé le film, je ne le classe toutefois pas parmi leurs sommets. Sans doute justement parce qu'ils ne dépassent pas le genre dans lequel il s'inscrit.


Enfin, j'en avais un peu parlé chez Orlof, la partie initiatique ("Alice aux pays des cadavres" comme l'écrit nolan) a moins retenu mon attention et me semble moins importante (encore une fois, à
vouloir se venger, l'héroïne se perd dès le départ et son innocence est déjà largement envolée avant que ne commence le film - d'où l'utilisation initiale de la voix off ou sa discussion pour
revendre des chevaux) que l'histoire de vengeance, clairement langienne. Aussi fais-je finalement relativement peu le rapprochement entre Les Contrebandiers de Moonfleet et True
Grit (si ce n'est que, comme Lang, les frères Coen arrivent à diriger un très jeune acteur à qui l'on n'a pas du tout envie de foutre des baffes). Je ne les comparerais donc pas même si,
bien sûr, je préfère Les Contrebandiers de Moonfleet (mais combien y a-t-il de films que je place au dessus de ce chef d'oeuvre ? Très, très peu...).


Sinon, j'espère que tu auras l'occasion de revoir prochainement L'Ange des maudits. C'est toujours aussi bien !



Edouard 04/03/2011 22:51



Nous avons utilisé, dans la même phrase, les mêmes mots : "hommage" et "transcender" (ce dernier assorti d'une négation) ! Mais, personnellement, mon adhésion n'est pas totale, même si
j'acquiesce à pratiquement tous les arguments avancés par les grands défenseurs du film.


Les admirateurs de Lang ne peuvent pas ne pas goûter l'épisode de la chute dans la fosse et j'apprécie le développement que tu fais ici. Cela dit, si les Coen reprennent des thématiques et
quelques motifs langiens, leur mise en scène se distingue quand même de celle du maître, beaucoup plus rigoureuse (mais il y a peut-être cette idée commune du surgissement, qui repose ici
beaucoup, comme tu le remarques justement, sur le personnage de LaBoeuf).


J'aimerai avoir un souvenir plus précis de "L'ange des maudits" pour affiner (ou infirmer ?) tout cela (j'avais énormément apprécié ce Lang-là, aussi).


Toutefois, m'a manqué dans "True grit", l'émotion de "Moonfleet" par exemple.



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