Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 09:00

Une nuit de Philippe Lefebvre, se donne comme un film d’ambiance et de genre. Un polar. Enfin, plus exactement, un solide navet. Dont il n’y a franchement rien, à quelques mégots près et avec la meilleure volonté du monde, à sauver.

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UN 1Simon Weiss (Roschdy Zem)


Que retenir de ce Une nuit ? Rien, désespérément rien. Allez, si on est gentil, on admettra que Roschdy Zem jette très bien sa clope (promis, on s’entraînera à faire pareil pour obtenir quelques succès en société) après avoir tiré deux taffes et demie… Pour le reste, tout est foireux dans ce qui se voudrait un film d’ambiance. On suit ainsi les aventures du commandant Simon Weiss (Roschdy Zem), flic de la mondaine, pas mal ripoux mais ayant (évidemment) son code d’honneur pour naviguer dans un réseau (fatalement) interlope, pendant une (beaucoup trop longue) nuit parisienne. Ce au fil d’un scénario qui réussit l’incroyable tour de force d’être à la fois extrêmement peu consistant, insuffisamment elliptique – il ne s’agirait tout de même pas de perdre le spectateur en route – et massacré par un inutile twist final. Une nuit devrait être sec, tendu et incisif, ce n’est qu’une cataclysmique suite de clichés, mille fois vus et revus, presque toujours en mieux. Bien souvent, cela verse même dans le Grand-Guignol avec, par exemple, un caniche qui fait une overdose et surtout Samuel Le Bihan (dans le rôle de Tony Garcia, l’ami-patron de boîtes de Weiss) qui fait toute la démonstration de son absence de talent. Alors, bien sûr, c’est beau une ville – surtout Paris – la nuit (Richard Bohringer, dans une apparition-clin d’œil étant là pour nous le rappeler) mais il faudrait qu’elle s’incarne un peu. On en est à des années-lumière. Aussi, Une nuit repose-t-il entièrement sur les épaules de son héros. Son magnétisme serait tel que, pour ne pas point trop troubler les plus sensibles, on lui accole un Candide chargé de le conduire dans sa virée nocturne (la jeune policière Laurence Deray – Sara Forestier) et de nous servir de repère. Quel spectateur, en effet, pourrait être assez fou pour s’imaginer, ne serait-ce qu’un instant, se glisser dans la peau du grand homme ? De fait, le présupposé de Philippe Lefevbre n’est pas entièrement faux : on n’a pas une envie démesurée de ressembler à ce Simon Weiss au charisme finalement limité. Certes, la démarche de Roschdy Zem produit son petit effet mais, alors qu’on l’aimerait un peu mutique (ce serait là un poncif supplémentaire mais il serait dans le ton supposé et éviterait qu’un dialogue envahissant et déplorable ne rende l’affaire encore un peu plus indigeste), il ne cesse de débiter, entre deux « enculés », de grotesques platitudes (« La nuit, c’est la vie à l’envers », entre autres perles). Echouant complètement à créer une atmosphère un tant soit peu accrocheuse, Philippe Lefevbre signe alors un bon gros navet, minable et indolore. Pas de quoi redorer le blason du polar français. Quant à l’année 2012, elle commence en fanfare.

 

UN 2Simon Weiss et Laurence Deray (Sara Forestier)

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 0

 

Une nuit (Philippe Lefebvre, 2012)

Par Antoine Rensonnet - Publié dans : Critiques de films récents
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«  Je suis de mon cœur le vampire,

– Un de ces grands abandonnés

Au rire éternel condamnés,

Et qui ne peuvent plus sourire ! »

Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos (extrait)

Le cinéma est l’art du XXe siècle mais un art vampire ; vampire des autres arts devenu, avec le temps, celui de son propre cadavre… Et le vampire est son héros (son mythe ?) principal.

Ces textes et notes lui sont dédiés.

Antoine Rensonnet (Ran)

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