X-Men : Le Commencement
Un nouveau film de super-héros. Et un bon. Cela change de Thor. Rythmé et plus subtil qu’attendu grâce à la complexité bienvenue de son personnage central, Magnéto, X-Men : Le Commencement constitue une bonne surprise et confirme le bien que l’on pensait de son réalisateur, Matthew Vaughn.
Eric Lensherr/Magnéto (Michael Fassbender)
Etrange et confus pressentiment. Les derniers films siglés Marvel (entre autres, Spider-Man 3 de Sam Raimi en 2007, Iron Man 2 de Jon Favreau en 2010 ou le récent et navrant Thor – 2011 – de Kenneth Branagh) s’étaient révélés fort décevants et la bande-annonce de cet X-Men : Le Commencement ne laissait rien présager de franchement bon. Mais, parmi tous les super-héros, les X-Men possèdent un des potentiels cinématographiques les plus évidents – très éloigné de celui de Batman (extraordinairement développé par Tim Burton dans Batman returns en 1992, voire par Christopher Nolan dans The Dark Knight en 2008) mais bien plus grand que celui de Thor. De plus, Matthew Vaughn, le réalisateur, avait su séduire avec Kick-Ass (2010). Bref, on ne savait trop à quoi s’attendre. Au final, c’est le positif qui l’emporte – et largement. Pourtant une histoire qui commence dans les camps d’extermination nazis et prend pour cadre la crise des fusées entre les Etats-Unis et l’U.R.S.S. (1962) avait, a priori, de quoi inquiéter. D’autant qu’elle met en scène une espèce superhumaine (les mutants, donc) rejetée par celle dont ils dérivent – ce qui appelle à quelques développements assez lourds. Le film ne les évite certes pas, de même qu’il connaît certaines longueurs. Mais, porté par des interprètes convaincants, il s’avère, le plus souvent, léger, spectaculaire et alerte maintenant (presque) en continu notre intérêt. Ainsi il constitue un divertissement plus qu’honnête ce qui est ici l’essentiel. Il y a mieux encore. Car, au-delà de son rythme, l’affaire acquiert même une densité assez inattendue. Bien sûr, pas par le propos, martelé et si convenu, sur la différence qui est une formidable chance mais que, trop souvent, on souhaite éliminer par peur de l’autre ce qui, ici, débouche sur une tentative de génocide mutant. Mais en tournant autour de la création d’un Héros, Erik Lensherr (Michael Fassbender, excellent), futur Magnéto et potentiellement le plus puissant de tous les mutants, par et contre la « famille » (qui comprend amours et « enfants » – les jeunes mutants – sur lesquels nous ne nous attarderons pas). Traumatisé par le meurtre de sa mère, il est écartelé entre celui qui en est l’auteur et devient son « géniteur » par défaut, Sebastian Chaw (Kevin Bacon), génie du mal voulant que le chaos règne sur Terre, et son « frère » Charles Xavier (James McAvoy), mutant télépathe dont la vision du monde est par trop iréniste. Magnéto, ceux qui connaissent la série le savent, en se vengeant du premier et en trahissant le second deviendra une nouvelle incarnation du Mal absolu – mais suffisamment complexe et ambigüe pour être relativement fascinante. Sur ce point (clef), réussite quasi-totale donc. Et surtout excellente idée que d’avoir résolument centrer le film sur Magnéto, quitte à un peu laisser de côté les autres protagonistes. X-Men : Le Commencement, c’est ainsi avant tout les origines du méchant – et sans doute seul personnage véritablement charismatique, Wolverine (Hugh Jackman qui fait ici une très furtive apparition) mis à part – de la série.
Sean Cassidy (Caleb Landry Jones), Eric Lensherr, Raven Darkholme (Jennifer Lawrence),
Moira MacTaggert (Rose Byrne), Hank McKoy (Nicholas Hoult),
Charles Xavier (James McAvoy) et Alex Summers (Lucas Till)
On aura bien sûr reconnu là – d’autant que le pouvoir du héros se développe par la douleur et/ou la quiétude – une référence appuyée à certains des éléments constitutifs de la saga Star Wars (George Lucas et alii, 1977, 1980, 1983, 1999, 2002 et 2005). Outre qu’elle est bien employée, elle révèle l’une des plus grandes qualités du film : celle de savoir jongler avec le passé du cinéma. Ainsi, outre Star Wars, on aura droit, puisque l’histoire se déroule dans les années 1960, à des clins d’œil aux premiers James Bond (la série commence justement en 1962 avec James Bond 007 contre Dr. No de Terence Young), à la mobilisation du split-screen (l’esthétique « sixties » est encore reprise dans un savoureux générique final) mais aussi, de manière un peu plus subtile, à un bateau fantôme et incontrôlable à deux doigts de déclencher la Troisième Guerre mondiale ce qui est une manière, dans une courte séquence, de convoquer aussi bien Docteur Folamour (Stanley Kubrick, 1964) que Nosferatu, une symphonie de l’horreur (Friedrich Wilhelm Murnau, 1922). Donc de montrer que l’on maîtrise ses classiques. Aussi tout cela se tient-t-il plutôt (très) bien et, s’il ne révolutionne aucunement le film de super-héros comme avait su le faire Tim Burton, Matthew Vaughn confirme donc, dans un style à la fois proche et différent (film de super-héros toujours mais « sérieux » cette fois-ci) la bonne impression qu’il nous avait laissée avec Kick-Ass. Il réussit même un certain tour de force puisque son film constitue un parfait prequel à la trilogie X-Men du début des années 2000 (Bryan Synger, 2000 et 2003 ; Brett Ratner, 2006). Et comme il est bien supérieur à celle-ci, il peut également servir de matrice à une nouvelle série. Un (petit) regret tout de même. Autour de l’aventure de Hank McKoy/Le Fauve (Nicholas Hoult) est évoqué L’Etrange Cas de Docteur Jekyll et M. Hyde (1886). Et Matthew Vaughn et ses scénaristes (Jamie Moss, Josh Schwartz et Jane Goldman) n’ont, évidemment, rien compris du tout à la finesse de l’œuvre de Robert Louis Stevenson. Mais, le cinéma semblant décidément incapable de saisir toute la portée de ce fabuleux roman, on commence à en avoir l’habitude.
Magnéto
Antoine Rensonnet (Ran)
Note d’Antoine Rensonnet : 3
Note de nolan : 3
X-Men : Le Commencement (Matthew Vaughn, 2011)
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