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The Grandmaster

2 Mai 2013 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Retour réussi de Wong Kar-wai dans son univers traditionnel. Si le propos de The Grandmaster manque parfois de densité, le film possède cette beauté et cette mélancolie propres à l’auteur. Aussi la magie opère-t-elle.

Ip Man (Tony Leung)

Ip Man (Tony Leung)

Wong Kar-wai est de retour. Après l’indépassable 2046, il s’était muré, neuf années durant, dans une semi-retraite seulement marquée par une agréable, et dispensable, excursion anglophone (My Blueberry Nights, 2007). L’absence fut longue, inquiétante même, mais comme Tony Leung, son acteur-fétiche (qui joue ici la légende du kung-fu Ip Man), le maître hongkongais n’a guère pris de rides. Sans compter parmi ses opus majeurs, son Grandmaster, tout dédié à ses deux obsessions de l’esthétique et de la fuite circulaire du temps, séduit encore. Certains souligneront peut-être le trop-plein et s’agaceront de l’extrême maniérisme des ralentis (nouvelle marque, il est vrai, d’un temps retenu) mais comment ne pas s’extasier devant la mise en scène des combats, les ambiances dans lesquels ils se déroulent (pluie, neige, intérieurs richement ornés ou plutôt rustiques…) ? Depuis quand d’ailleurs (Rembrandt ?) n’avait-on vu de si sublimes clairs-obscurs ? D’aucuns, à l’inverse, déploreront que le vase soit à moitié vide. Car, derrière la beauté enchanteresse des images, le propos manque parfois de subtilité ou d’ampleur. Le frôlement des corps d’Ip Man et de Gong Er provoque certes un nouveau frisson, leurs tristes adieux évoquent ceux de Chow Mo-wan et Bai Ling, deux héros qui, déjà, s’étaient connus juste assez pour nourrir d’infinis regrets, mais les personnages incarnés par Tony Leung et Zhang Ziyi n’ont sans doute pas l’épaisseur de leurs prédécesseurs. Ceux qui les accompagnent sont, eux, un peu caricaturaux (le traître Ma San – Jin Zhang) ou semblent des fantômes (La Lame – Chang Chen) traversant le film presque par hasard. Les discours, s’apparentant souvent à des paraboles quelque peu absconses, les permanentes ruptures de linéarité dans la progression du récit (qui nuisent, sans trop dommages tant l’essentiel est ailleurs, à sa clarté), seraient de simples rideaux de fumée. Pourtant, ils renforcent l’impression principale, celle d’une intense mélancolie romantique si caractéristique de l’auteur. Comme toujours, elle naît de la marche insupportable – parce qu’inexorable et vaine – du temps. Dans celle-ci, la défense d’une cause (la diffusion du kung-fu par Ip Man), sacrée et mineure(1), et une croisade privée (la vengeance assouvie et sacrificielle de Gong Er) se confrontent avec l’histoire qui les noie. La morale de The Grandmaster (la nécessité de regarder en arrière) sonne volontairement creux, la clef n’ouvrant sur rien alors que certaines photographies, images trop soigneusement préparées, échouent à fixer l’instant. Wong Kar-wai mènerait-il son film vers sa propre négation, dans un curieux geste autodestructeur(2) ? Non, car persistent la beauté et le sentiment. Qui permettent d’aller, nous le croyons, au-delà des défauts de The Grandmaster pour préférer, pleinement, s’émerveiller.

 

Antoine Rensonnet 

 

The Grandmaster (Wong Kar-wai, 2013)

 

Note d’Antoine Rensonnet : 4

Note de nolan : 4

Gong Er (Zhang Ziyi)

Gong Er (Zhang Ziyi)

(1) Sa noblesse, en effet, ne fait l’objet d’aucune remise en cause, Wong Kar-wai montrant une révérence probablement plus grande encore que dans Les Cendres du temps (1994), sa précédente œuvre liée au genre, envers les arts martiaux, leur pratique et leur mythologie.

(2) Sans même l’apparenter à celui, aussi étrange que jusqu’auboutiste de Brian De Palma dans le récent Passion, il se situerait alors, par la réflexion opérée sur le cinéma, dans une veine quasi-lynchienne. Mais nous ne croyons pas qu’il s’agisse là, si ce n’est de manière très marginale, de la voie empruntée par Wong Kar-wai. 

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omnitech support 02/01/2015 13:05

I have been waiting for a very long time waiting for the release of this epic movie called The Grand master. And the best part is that the mighty WKW is back in this movie.

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