Lola
L’irruption soudaine de superbes plans et l’utilisation parcimonieuse de la musique tranchent avec le style documentaire adopté le long du film. La réussite de Lola, clairement préoccupé par des questions sociales, tient dans le dosage réussi entre la fiction et le reportage.

Lola Puring (Rustica Carpio)
« Lola », c’est la grand-mère de Manille. L’histoire raconte le destin croisés de deux d’entre elles. L’une prépare l’enterrement de son petit-fils poignardé par le petit-fils de l’autre. L’une aurait pu être à la place de l’autre et vice-versa. On le comprend rapidement car elles ont en commun une extrême pauvreté et une grande vaillance malgré leur âge avancé et les soucis physiques que cela implique. Le réalisateur Brillante Mendoza choisit ces grands-mères comme les symboles de la pauvreté philippine. Malgré leur âge, elles s’occupent de leurs petits-enfants, voire arrière petits enfants, constituent un soutien financier, gèrent la vie de famille en général. Les enfants sont absents, les petits-enfants sont adultes et servent de support physique ou font l’objet d’un amour immodéré de la part de leurs aïeux. Autour, les organismes publics en général brillent par leur manque de moyens et leur évidente défaillance. Car, le film prend soin de détailler les affres de la pauvreté dont les soucis d’argent prennent le pas sur la vie (et la mort aussi d’ailleurs, l’enterrement du fils devenant un vrai chemin de croix). Avec le choix de tourner en caméra DV numérique au plus près des personnages, avec peu de coupes, peu de contre-champs comme si un reporter suivait les familles, Lola commence très mal ressemblant à un documentaire à la mode, un peu chiant, un peu triste. On attend la voix off qui va nous dire « Lola Sepa a 96 ans, elle touche 50 centimes d’€ par an pour toute retraite ». Mais le film est une fiction et le style documentaire est parfois tranché par de très beaux plans (larges ou gros) utilisant au maximum le climat tropical de Manille, la caméra s’arrête cherchant un cadre, la musique est distillée avec parcimonie. A mesure que le film avance, la musique se fait plus présente, la mise en scène plus élaborée.
La sauce prend non sans éviter quelques maladresses (une scène de pipi pour montrer la détresse d’une des Lola bien lourde) et Mendoza charge un peu son rôle dans une mise en abyme en forme d’autocritique (deux jeunes avec une DV qui filment les quartiers en disant « c’est trop drôle le toit avec les pneus »).
nolan
Note de nolan : 3
Lola (Brillante Mendoza, 2009)
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