Looper : L’Amérique s’offre trente ans
Le connaissant bien, nous savons la légère frustration de notre acolyte à avoir aimé Looper, l'empêchant, par honnêteté intellectuelle d'écrire Looper est loupé, un jeu de mots savamment élaboré pendant de longues heures de réflexion. Qu'à cela ne tienne, cette notice n'étant soumise à aucune forme de rigueur, nous l'écrivons à sa place pour en faire bénéficier notre lectorat. nolan
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Looper
(2012)
Looper : L’Amérique s’offre trente ans – Looper est un de ces excellents petits films de science-fiction qu’Hollywood, toujours maître de l’univers cinématographique, nous concocte régulièrement. Sans doute vite oublié, il s’agit d’un de ces petits plaisirs dont on ne se lasse jamais vraiment. Rien n’est vraiment génial, tout est soigné, du scénario malin à la réalisation efficace en passant par l’intégration d’intermèdes humoristiques (avec le personnage de Kid Blue – Noah Segan). Le principal objectif est d’installer Joseph Gordon-Levitt, placé sous le haut patronage de Bruce Willis, en crédible tête d’affiche de film d’action. Looper y parvient sans trop de peine même si on pourra préférer retenir le nom de Rian Johnson, réalisateur qui, désormais, compte un peu plus. L’intérêt, pourtant, est ailleurs. Il réside, comme souvent en science-fiction, dans ce qu’y est dit des peurs et des espoirs d’une société. Or, Looper est une coproduction américano-chinoise. Les deux superpuissances, réunies ici pour le meilleur, en profitent pour affirmer leur domination pérenne. L’Europe ne compte plus, la France devient même un facile sujet de moquerie. En outre, les Etats-Unis acceptent plutôt bien de devoir traiter la Chine en égale. Le film décrit ainsi un curieux futur, coupé en deux parts de trente ans chacune. On ne voit presque pas le monde de 2074 mais on sait que tout se joue sur la scène orientale. Par contre, en 2044, les Etats-Unis restent au centre. Aussi l’action prend-elle place au Kansas. De la ville interlope jusqu’aux immenses champs céréaliers, malgré les règlements de compte, les histoires de machine à remonter le temps et les meurtres, l’Amérique continue de s’exposer fièrement. Et après ? Ce n’est pas si clair.
Le cap devrait être ensuite mis en Asie ce qui achèverait de célébrer l’union symbiotique entre Chine et Etats-Unis. Que les principaux protagonistes, ex-looper, mafieux et, surtout, le fameux ‘‘Maître des pluies’’, demeurent des Américains ressemble à une clause supplémentaire, une ultime concession, du compromis gagnant-gagnant arraché par les anciens leaders. Ceux-ci n’excluent pourtant pas de conserver leur primauté historique. L’espoir, dans Looper, c’est, évidemment, la possibilité ultime d’une remise en cause. En préférant Sara (Emily Blunt) sa compatriote à son épouse chinoise (Qing Xu), voire en se suicidant, Joe (Joseph Gordon-Levitt/Bruce Willis) possède toujours la possibilité d’inverser le cours de l’histoire. Donc de sauver un monde qui devait nécessairement s’effacer…
Looper écrit le futur jusqu’en 2044. Il est aussi certain que très ‘‘Stars and Stripes’’. Au-delà, rien n’est sûr. Dans le film, les looper, hommes inéluctablement perdus, ont trente ans pour profiter de leur richesse avant que, leurs boucles bouclées de force, ils ne soient contraints de disparaître. Un pacte faustien ? Mais ne jouissent-ils pas du délai de grâce en se rebellant parfois à son issue. En acceptant l’argent chinois pour financer Looper, les Etats-Unis signifieraient-ils qu’ils comptent, eux aussi, ne garder que la part profitable du contrat ? En attendant, puisque la Chine apparaît prête à patienter sagement pour prendre son tour, premiers, ils demeurent. Pour trente ans encore. Au moins.
Antoine Rensonnet
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