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Gone Girl

30 Octobre 2014 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Adaptant un bestseller, David Fincher signe surtout un grand divertissement hitchcockien, grinçant et pessimiste à souhait. Mais hésitant entre Fenêtre sur cour et Psychose – ou peut-être entre Le Faux Coupable et Vertigo –, il vise trop de cibles pour toutes les atteindre.

Nick Dunne (Ben Affleck)

Nick Dunne (Ben Affleck)

*SPOILER*

Brillant, clinique, un brin longuet aussi1, David Fincher est surtout très hitchcockien dans Gone Girl. Doublement, d’ailleurs, ce en quoi il l’est sans doute un peu trop. A l’heure où les ponts s’écroulent sous le poids de cadenas imbéciles que des autorités peu conséquentes proposent de remplacer par des selfies, où des émissions de téléréalité se construisent sur une représentation amoureuse fondée sur le triptyque mise en scène, exhibition, compétition, où des réseaux dits sociaux se mettent en place pour créer l’illusion d’un public pour l’autovoyeurisme, réaliser une mise à jour de Fenêtre sur cour est un pari réjouissant. Et Fincher, reprenant le motif de la femme phagocytant un époux qui la nie, réussit dans son ambitieuse entreprise. Sans concession – à une jumelle (Margo – Carrie Coon) près – et avec obsession, il fait, comme son aîné, exploser les apparences et dénude le réel. Qui dévoile un vide plus creusé encore qu’il y a soixante ans. Il n’y a plus, en effet, d’espace privé entre deux faces d’un même et gigantesque espace public constitué de codes truqués et de pulsions primaires. Les médias se chargent alors d’organiser la circulation entre les uns et les autres, l’émotion se résumant à l’impression, la réflexion ne consistant qu’en la production et/ou la compréhension de stratégies inavouées. Dès lors, le discours ne porte plus rien mais doit toujours sonner juste. Petite perversité, en forme de pirouette finale, Nick (Ben Affleck), parce qu’il a bien joué son rôle, obtient exactement ce qu’il a demandé et qu’il ne souhaitait surtout pas. Charmée, Amy (Rosamund Pike) revient et ils peuvent, in extremis et au milieu du cauchemar, réaliser le rêve de tous les parents : faire vivre au reste du monde leur bonheur familial. Equilibriste, Fincher retombe sur ses pattes. Pour capter le mouvement de la société et des individus, mieux vaut l’attaquer par le couple que, par exemple, par la politique. La structure est plus sûre et le propos plus pur. En l’occurrence, la démonstration, à la fois cruelle et pessimiste, est convaincante.

 

Amy Eliott-Dunne (Rosamund Pike)

Amy Eliott-Dunne (Rosamund Pike)

Mais pourquoi fallait-il, au milieu de ce saisissant tableau de décomposition, inventer un grand personnage de méchant ? Certes, plus celui-ci est réussi, plus le film l’est et les glaçantes manœuvres d’Amy, jusque dans ses revirements tactiques, participent incontestablement de l’efficacité de Gone Girl. Cependant, elles réduisent sa portée générale, le transforment, partiellement, en cas particulier. L’éloignent donc d’un Fenêtre sur cour situé au-delà du bien et du mal et le rapprochent de Psychose. La construction, qui s’effondre en son mitan et entraîne vers un nouveau film, est similaire alors que Rosamund Pike, sur un fauteuil, singe Anthony Perkins. Elle le rejoint assurément dans la galerie des meilleurs cas psychiatriques du cinéma, irresponsables et coupables. On avait peur de la normalité, tout spécialement de ses nouveaux oripeaux, et, d’un coup, il n’y a plus guère à craindre que de croiser une femme comme elle. L’ennemi, quand bien même il reste un produit de la société – Fincher ne scie qu’à demi la branche sur laquelle il est assis – et une victime de parents monstrueux, est identifié. Ce qui est très rassurant. Il semblait pourtant que Gone Girl n’avait pas spécialement vocation à l’être. Comme quoi, les apparences sont trompeuses. En fait, le mélange de deux opus majeurs hitchcockiens crée quelques dommageables incohérences qui ramènent celui de David Fincher au rang d’excellent thriller. Ce qui n’est pas si mal d’autant qu’il ouvre une piste, cette fois-ci actualisation d’une thématique langienne maintes fois explorée, qu’on imagine sans peine féconde : et si la vengeance était en passe de devenir une croisade publique ?

Amy et Nick

Amy et Nick

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 3

Note de nolan : 4

 

1Gone Girl a un point d’arrivée précis mais son histoire ne se termine toutefois pas ce que l’accumulation de couches narratives dans l’ultime partie fait clairement ressentir. Cela ne se finit pas et n’en finit pas…

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