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Crime d'amour

25 Août 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Après l'échec de son remake du Deuxième Souffle (2007), Alain Corneau revient avec un thriller très modeste malgré un matériau de base qui aurait mérité plus d'ambition. Pas désagréable à regarder, le film n'en reste pas moins faible.

 

 

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Ludivine Sagnier et Kristin Scott Thomas

 

Crime d'amour dure trois minutes. Le temps d'une excellente scène d'exposition durant laquelle Christine (Kristin Scott Thomas), big boss de la branche française d'une multinationale souffle le chaud et le froid sur Isabelle (Ludivine Sagnier), jeune cadre très supérieure. Dans le salon du manoir de la première, la seconde dévoile l'ambivalence de ses sentiments, aussi gênée que fascinée par la soudaine drague de sa supérieure. Difficile alors de savoir si Isabelle veut plaire ou si elle est sincèrement émue mais déjà Christine l'ignore, assurée de son effet. Dans un ton aussi léger qu'inquiétant, cette scène délivre les enjeux du film et instille un certain trouble qui ne manque pas d'attiser la curiosité du spectateur. Le cinéaste joue avec la position des personnages dans le cadre, comme une danse dont Christine serait la conductrice et Isabelle exécuterait les figures. Subrepticement le regard d'Isabelle se trouble et l'arrivée impromptue de Philippe (Patrick Mille), le compagnon de Christine est le symbole du rapport de force qui s'annonce entre les deux femmes. Et le spectateur ne sait plus si Isabelle aime Christine ou se rêve en Christine. Il est sûr d'une chose, Christine est une salope, et attend de la voir encore à l'œuvre.

Mais le film développe très sagement et très lisiblement sa mécanique à notre grand regret. Ce serait mentir que de dire que l'intrigue qui se noue ennuie, elle se suit au contraire très agréablement et le spectateur n'est jamais en retard sur le déroulement des évènements. Les rebondissements attendus arrivent, implacables mais guère passionnants. Déjà, la réalisation se fait trop discrète, ne jouant que sur les confrontations entre Christine la dominatrice et Isabelle la jeune douée sans chercher à incommoder le spectateur. Comme si Corneau ne voulait pas retenter l'expérience du Deuxième souffle, le film est rythmé, les acteurs bien dirigés mais se refuse à tout effet de style, allant même jusqu'à ajouter quelques flashbacks explicatifs en noir et blanc tout caca. A ce point là, il s'agit presque d'un renoncement. Et c'est d'autant plus dommage que le métrage contient tout de même quelques étincelles comme cette très courte scène de meurtre filmée comme une étreinte. Située dans le monde de l'entreprise, l'intrigue ne développe aucun thème social même si une attention particulière est portée sur les personnages féminins. En effet, les deux femmes sont les seules dans l'entreprise, entourées d'hommes et - Corneau martèle ce propos - toutes puissantes face à ceux-ci. La conséquence, c'est qu'il sacrifie un personnage masculin absolument essentiel, Daniel (Guillaume Marquet), l'assistant dévoué d'Isabelle dont le rôle est pourtant déterminant dans le film et aurait sans doute donné un tour plus vertigineux au ballet des protagonistes si son personnage avait été traité plus profondément. L'expression "poison violent" qu'il utilise représente aussi bien le médicament dont il parle que l'amour et le pouvoir. Malheureusement faute d'une réelle prise de risque, le film se cantonne au thriller de bonne facture.

 

Note de nolan : 2

 

Crime d'amour (Alain Corneau, 2010)

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Ran 01/09/2010 19:05



C'est vrai qu'il y a beaucoup de cancer ces temps-ci (et pas seulement au cinéma ; cf. Fignon).


Des films de Corneau, je pense qu'effectivement Série noire est le meilleur. Mais Tous les matins du monde est également un très grand film (notamment sur le rapport entre
cinéma et peinture - un peu à la façon de Barry Lyndon - et non, comme il se présentait, sur la musique; c'était un choix intelligent et très bien mis en scène) même si, à sa suite, on a
un peu trop entendu de viole de gambe à mon goût (je n'ai pas une grande passion pour cet instrument...).


Concernant Série noire et ayant constaté qu'un nouveau film de Blier (espérons qu'il reste en vie..) vient également de sortir, je ne peux m'empêcher de le rapprocher de Buffet
froid et d'y voir des films qui approchaient  avec une grande finesse la France de la fin des années 1970 (les deux datent de 1979). Mais quoique politiques et/ou sociologiques, les
deux films ont très bien vieilli.



nolan 01/09/2010 18:27



Merci julien pour ce commentaire élogieux.


Série Noire (1979) restera comme son unique chef d'oeuvre au sein d'une filmographie plus qu'honorable avec Police Python 357 (1977) et Tous les matins du monde en tête
(1991, même si mes souvenirs deviennent diffus).Sur la fin, il fut inégal et rata malheureusement son ambitieux remake du Deuxième Souffle, et pas à cause de la réalisation inspirée des
cinéastes asiatiques (même s'il ne leur arrivait pas à la cheville de ce point de vue) mais à cause d'une catastrophique direction d'acteurs. Et c'est d'autant plus étonnant que cela a toujours
été le point fort d'Alain Corneau. A ce titre Série Noire offre une prestation magique de Patrick Dewaere mais également de Bernard Blier. Et puis avoir réussi à adapter ce roman
américain dans la banlieue française sans faire un truc à la Belmondo-Henri Vernueil, c'est un tour de force.


Il y a actuellement une épidémie de cancer qui balaie pas mal de stars sympas...



Ran 01/09/2010 18:06



Merci.


Je n'ai pas vu non plus le dernier film d'Alain Corneau mais on se rejoint sur les qualités de Série noire et de la prestation de Patrick Deweare.



julien 01/09/2010 17:53



Je ne sais absolument pas ce que vaut ce film, mais je déplore la mort récente du réalisateur d'un de mes films préférés, Série Noire, où Patrick Dewaere offre, à mon sens, sa meilleure
prestation d'acteur. Une pensée pour Alain Corneau !


Quand à votre blog, il est super. Bon anniversaire à lui !



nolan 25/08/2010 13:24



Ran,


Sur l'apparition grotesque, j'y suis peut-être allé un peu fort. En réalité, il y a une scène d'humiliation qui manque d'éclat et je me suis alors dit que le personnage était arrivé au bout de sa
perversité, il fallait donc qu'elle soit dépassée par son adversaire (comme tu t'en doutes, Isabelle n'est pas un agneau). Dans cette scène, Christine devenait un peu trop caricaturale. Mais
heureusement finalement, on ne la reverra que très peu.



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