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Kick-Ass

20 Avril 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

La réussite de Kick Ass qui sort mercredi tient, à l’instar de la BD homonyme, dans l’habile mélange de perversion des clichés des comics et des films qui en découlent avec le respect de la trajectoire inamovible du super-héros vainqueur. Nous pouvons le voir comme une relecture punk du Spider-Man de Sam Raimi (2002). Explications.

 

Avant le film, il y a le comics. Création de Mark Millar, scénariste devenu célèbre dans le monde des comics avec la série des Ultimate[1], Kick-Ass raconte l’histoire de Dave Lizewski, adolescent fan de BD, blaireau normal qui décide de se lancer dans une carrière de super-héros avec un costume acheté sur e-Bay et deux matraques. Il faut savoir que Mark Millar prend un malin plaisir à détourner la trame classique du super nul qui se découvre des supers-pouvoirs. Ainsi Wanted (Mark Millar, JG Jones, Paul Mounts, 2003) raconte l’histoire d’un loser qui se découvre super-vilain dans un monde dominé par ceux-ci. Basée sur idée simple mais astucieuse (les super-vilains étant plus nombreux que les super-héros, ils se sont unis et les ont massacrés), la série se caractérise par une violence extrême et un cynisme tout-à-fait provocateur. On voit bien la volonté de moquer l’ambiguïté morale des super-héros du fait de leurs pouvoirs et de la violence « autorisée » dont ils font souvent preuve. Pour Mark Millar, c’est plié, pas de morale et pas de réflexion, seule compte la provocation. Et Kick-Ass (Mark Millar, John Romita Jr, 2008) suit le même chemin. Dave a.k.a. Kick-Ass se voit ainsi accompagné de deux super-héros vraiment forts mais vraiment tarés dont la moralité des actes n’est jamais interrogée : Big Daddy et sa fille de 10 ans, Hit Girl.

 

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Big Daddy et Hit Girl par John Romita Jr

 

Qu’en est-il de l’adaptation cinématographique ? La première fois qu’une création de Millar s’est vue porter à l’écran, cela a donné Wanted (Timur Bekmambetov, 2008). Le film avait choisi de moraliser l’histoire ; plus question de super-vilains mais une secte de tueurs à la solde de Dieu qui leur transmet des ordres via une machine à tisser (!). Il s’agissait d’un consortium chargé de tuer les salauds avant qu’ils ne commettent leurs saloperies. Le film, en plus d’être une stupéfiante bouillie visuelle, ne cherchait pas à questionner la sainte démarche, au contraire, c’était l’homme lui-même, ce grand pécheur, qui détournait la divine purification pour son propre compte. Bref, adaptation ratée. Pour Kick Ass, Matthew Vaughn a, lui, choisi d’être fidèle. Le réalisateur britannique s’est fait connaître en 2003 avec Layer Cake, film de petits gangsters roublards, genre qui a fait la fortune de Guy Ritchie (Snatch, 2000). Contrairement à ce dernier, Vaughn est cinéphile, semble avoir un faible pour Brian De Palma[2] et ses influences pencheraient plutôt vers Quentin Tarantino et ses citations en pagaille. Parfait pour adapter une bande-dessinée qui regorge de références ciné-bédé. Fidélité dans les références ainsi que dans la violence graphique et amorale. Ainsi les plus grands morceaux de bravoure sont réservés à Hit Girl (Chloé Moretz). Cette jeune fille de 10 ans tue avec plaisir, comme un jeu, nombre de bad guys, le cerveau lavé par Big Daddy (Nicolas Cage en très grande forme), papa vengeur (et vraiment ex-flic contrairement à la BD) avec qui elle partage de beaux moments d’amour filial en regardant une mitraillette dernier modèle sur internet. Là où Dave (Aaron Johnson) est un ado crédible qui finit en sang à chaque fois qu’il se bat, Big Daddy et Hit-Girl sont deux personnages sur-entraînés, surréalistes, comiques, et versions dégénérées de super-héros (Batman et Robin). Car, tout comme dans la BD, l’aspect réaliste des losers se rêvant héros rencontre avec violence une situation incroyable, ce qui traduit aussi au final le grand respect qu’ont le créateur et le réalisateur pour leurs sources d’inspiration : les comics et les films de super héros.

Et par conséquent, quoi de plus évident que de reprendre la trame de Spider-man (Sam Raimi, 2002) pour raconter l’histoire de Kick Ass. Dave est une sorte de sous Peter Parker, c’est un blaireau qui n’est même pas doué en physique quantique, qui se masturbe énormément et qui rêve d’être un super héros comme dans ses BD. La fille qu’il aime, Kate Deauxma (Lyndsy Fonseca), est une jolie Mary Jane attirée par les bad boys et qui fait de Dave son meilleur ami homosexuel (« ce n’est pas homophobe de dire ça, que vous êtes des supers amis pour les filles » demande-t-elle)[3]. Sa Némésis (Red Mist) est incarnée par un jeune adulte (Christopher Mintz-Plasse) à l’enfance dorée mais moche comme tout et dont le papa est très méchant : un Harry Osborn foiré. Cependant, point de Bouffon Vert chez le papa en question, chef mafieux colérique classique quoique très porté sur la couleur orange (Mark Strong, très bien). Le déroulement respecte aussi la construction du film de Raimi tout en arrivant à nouer l’intrigue avec Big Daddy et Hit Girl. Le métrage se partage entre scènes de foirage (Kick-Ass) et démonstration de violence avec langage ordurier à la clé (Hit Girl, en deçà tout de même de la petite fille de Fish Tank – Andrea Arnold, 2009 - pour le langage fleuri). Techniquement, le film est de qualité. Les gags marchent souvent, soutenus par une réalisation soignée mais tape-à-l’œil comme il convient ; le casting, dominé par Nicolas Cage aussi rigolo qu’inquiétant, est de très haute tenue ; la bande originale excellente[4] et les scènes d’action réjouissantes. Mais alors, le film se refuse-t-il toute forme de réflexion, ne cherchant qu’à balancer toutes les responsabilités du héros à la poubelle ? Pas vraiment. D’abord, habilement, parce que Kick Ass est un vrai héros. Sa démarche est noble. Il cherche à aider les gens qu’il ne connaît pas sans servir ses intérêts propres[5]. Seulement, il est mauvais comme un cochon. Ensuite, une peu plus maladroitement, le film joue de la mise en abyme du spectateur. Ainsi, les passants préfèrent filmer avec leur téléphone la baston plutôt que d’appeler les flics, ils se délectent de la mort en direct sur Internet (et en profitent pour emballer, ça c’est quand même marrant !) et, là ce n’est pas terrible, le métrage amalgame le badaud mort de trouille qui fait comme s’il n’avait rien vu avec le responsable d’un accident qui prend la fuite. In fine, c’est bien dans les souliers du super héros psychopathe que le film finit par s’épanouir dans un déluge de gunfights qui voient les enfants prolonger les actions malfaisantes de leurs parents (Hit Girl et Red Mist). Kick-Ass se vit comme la mauvaise conscience du super-héros et des ses aficionados, celle où le héros profite un max de sa force, se tape la fille et est adulé par la foule. Et Kick-Ass le super héros sans pouvoirs, tout empreint de noblesse, n’y déroge finalement pas : « La différence entre Spider-man et Peter Parker, c’est que Spider-man finit par avoir la fille » dit-il en voix off.

 

kick-ass-2soncoeur.jpg

Un de ses deux super-héros va se faire casser la gueule tandis que l’autre va casser des culs

(Kick Ass/Aaron Johnson, Hit Girl/Chloé Moretz).

 

Nolan

 

Note de nolan : 4

 

Je serai certes très loin d’être aussi complet (et, tout de même, un poil moins enthousiaste) que mon acolyte et me contenterai d’un court commentaire pour saluer ce film réjouissant, sorte de comédie parfaitement (et vraiment) trash. J’apprécie tout particulièrement l’équilibre entre teen-movie et film de super-héros que le réalisateur tient tout-au-long des quelques deux heures que durent le film, maltraitant aussi bien les codes de l’un que de l’autre et exploitant fort bien le rapprochement entre ces deux sous-genres (le film étant fondé sur l’idée que le public des comics est avant tout adolescent). Une mention spéciale à Chloë Moretz (et donc également au directeur d’acteurs), qui joue Hit Girl, et – ce qui est si rare – est une enfant tout-à-fait supportable l’écran. On remarquera d’ailleurs que le film est interdit à des spectateurs plus jeunes que celui de l’une de ses acteurs principaux.

 

Note de Ran : 3

 

 Kick Ass  (Matthew Vaughn, 2009)


[1] Ces bandes-dessinées constituaient des reboots de grandes séries comme les X-Men, Spider-man, Fantastic Four et consécutives aux films hollywoodiens qui en sortent en rafale depuis 2000.

[2] La fin de Layer Cake est un hommage direct à L’Impasse (Brian De Palma, 1993) et un des protagonistes de Kick-Ass crie tout fier « Say hello to my little friend ! » (Scarface, 1983)

[3] On remarquera, autre infidélité à la BD, qu’elle finira dans les bras de Dave et qu’il est donc possible de présenter une jeune fille pas farouche (d’abord outrée de découvrir que Dave lui a menti, elle l’accueille une minute plus tard –en  temps réel – dans son lit) sans la faire passer pour une salope finie qui mérite de mourir.

[4] En particulier Banana Split des Dickies et à l’exception du générique de fin très rock californien.

[5] Bon ok, il commence tout doucement en essayant de sauver des petits chats perdus…

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Ran 20/05/2010 22:32



Merci pour les nombreux commentaires, Benny.


Je vois que, pour le coup, nous sommes à peu près pleinement en accord.



Benny 19/05/2010 11:09



Je gratifie d'un 3 comme Ran. Je dirais qu'il s'agit du film que tous les geeks de la planète attendaient et il faut dire qu'il est très bien réussi. Voilà ce film a le pouvoir de révéler le côté
geek en chacun de nous. 



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