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Mammuth

9 Mai 2010 , Rédigé par Ran Publié dans #Critiques de films récents

Au regard du passé de Benoît Delépine et Gustave Kervern et notamment de leur précédent film, on attendait beaucoup de ce Mammuth avec l’énorme Gérard Depardieu. Trop, sans aucun doute car le film est raté et ce parce que les réalisateurs se sont quelque peu surestimés.

 

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MammuthCatherine (Yolande Moreau) et Serge Pilardos (Gérard Depardieu)


Du couple de réalisateurs, Benoît Delépine et Gustave Kervern, échappés de Groland, on avait beaucoup aimé le précédent opus, Louise-Michel (2008), délire mélangeant humour surréaliste et satire sociale. Le même cocktail semblait devoir présider à ce Mammuth, dans lequel Serge Pilardos (Gérard Depardieu), néo-retraité part, sur sa vieille bécane, à la recherche de ses trimestres effectués mais perdus. Et… Ça ne fonctionne pas. Certes, le film est souvent drôle grâce aux nombreuses rencontres effectuées par Serge dans son aventure et la plupart des apparitions-clins d’œil (Benoît Poelvoorde, Siné, Bouli Lanners,…) fonctionnent assez bien. De plus, les deux réalisateurs réussissent à composer un monde où les gens sont laids, malhonnêtes, méchants, paumés,… mais rarement tout en même temps ce qui en sauve une bonne partie.

Mais le film est victime de sa trop grande ambition artistique dont les deux coréalisateurs n’ont visiblement pas encore véritablement les moyens. Ils voudraient insister sur le moment privilégié de la rencontre – Mammuth les multiplie – mais sont très loin d’avoir, dans ce domaine, le dixième du talent d’un Jim Jarmusch. Ils choisissent un grain d’image très gros et souhaiteraient jouer de la déformation des corps notamment celui, de plus en plus monstrueux, de l’interprète principal mais cela ne donne pas grand-chose ; au point que l’on ne puisse s’empêcher de remarquer qu’un Claude Chabrol, pourtant complètement en roue libre mais maîtrisant autrement mieux ses plans, avait tiré tout autre chose de la présence massive de Gérard Depardieu dans son récent Bellamy (2009). Surtout, au travers du personnage fantomatique de l’amour perdu (Isabelle Adjani) et de celui, attardé mentalement, de la nièce (Miss Ming) de Serge, Benoît Delépine et Gustave Kervern souhaitent, à l’évidence, insuffler une force poétique à leur film. L’échec est quasi-total alourdissant au surplus leur œuvre jusqu’à ce que celle-ci perde (presque) tout rythme et soit très loin du délire attendu (sauf dans la trop courte séquence dans laquelle l’épouse de Serge, Catherine – incarnée par Yolande moreau – part à la recherche d’une fausse handicapée – Anna Mouglalis – qui a dérobé, profitant de la naïveté de son mari, son téléphone portable).

Au final, l’échec est patent et le constat sévère car force est de constater que l’on s’est essentiellement ennuyé pendant ce Mammuth. Mais, en souvenir de leur précédent film et de quelques bons moments passés sur le petit écran, on se gardera d’être trop méchant. Benoît Delépine et Gustave Kervern ont des qualités – notamment celle, si rare, de pouvoir se montrer réellement caustique – mais il leur faut tenir compte de leurs moyens actuels et des difficultés (plus grandes que celles de sa critique…) de l’art qu’ils ont choisi.

 

Ran

 

Note de Ran : 1

 

Mammuth (Benoît Delépine et Gustave Kervern, 2010)

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Ran 10/05/2010 19:10



Merci. C'est vrai qu'il y a quelques bonnes scènes et même une stuation de départ intéressante (en quelque sorte, la photo qui accompagnce ce texte le montre) mais c'est vraiment définitivement
trop peu...



Bricks 10/05/2010 09:56



Tout à fait d'accord, pour moi ce film a été quelque part "surcoté" et on passe à côté de la poésie et de la dynamique du film. Dommage quelques scènes démontrent bien le potentiel décalé et
comique des réalisateurs.



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