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Le Hobbit : un voyage inattendu

3 Janvier 2013 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Un Hobbit mitigé. Pas amorphe et empesé comme on en avait peur. Mais obstrué, quand même, par sa relation au Seigneur des anneaux auquel il ne cesse de se référer. Un film limité par son manque liminaire d’autonomie.

 

LHUVA 1

Bilbon (Martin Freeman)

 

Près de trois heures pour l’adaptation d’un tiers du Hobbit (J.R.R. Tolkien, 1937), cela avait de quoi inquiéter. Plus que tout, on craignait l’ennui. Or, il faut admettre que les imaginaires croisés de Tolkien et Jackson sont suffisamment féconds pour nous occuper presque sans temps mort. Les peuples et créatures de la Terre du Milieu, leurs fascinantes architectures et leurs objets magiques intéresseront toujours, pour peu qu’il y ait un budget et quelques idées… Alors, ça marche ? Plus ou moins. Certes, le pire est aisément évité et l’on suit l’œil éveillé et à peine écœuré par la magnificence de l’univers fantasy Bilbon (Martin Freeman), Gandalf (Ian McKellen), Thorin (Richard Armitage) et consorts au cours du début de leurs aventures, sans préjuger de la qualité des deux futurs opus. Là où le bât blesse, c’est qu’il restait néanmoins impossible à Jackson de proposer une nouvelle trilogie après avoir réalisé Le Seigneur des anneaux (2001, 2002 et 2003), suite du Hobbit et principale saga inventée au XXe siècle (par Tolkien en 1954-1955). Avoir déjà dévoilé l’ensemble de l’univers et représenté, de façon plutôt convaincante, le conflit total à venir, handicape irrémédiablement ce Hobbit. Il ne peut, en comparaison, que manquer d’ampleur, l’histoire contée s’apparentant sinon à un épiphénomène du moins à un simple balbutiement initial. Cette désastreuse impression tue dans l’œuf le projet Jacksonien qui, au regard de son importance interne, paraît surdimensionné. Elle se double de l’idée que seule la volonté de faire tourner à plein une inépuisable cash-machine pouvait conduire à ce tronçonnage du roman. Aussi, fût-ce surtout avant et après la projection (agréable, encore une fois), songe-t-on beaucoup aux défauts du système de production quand on ne devrait cesser de rêver aux riches délices de la Terre du Milieu…

 

LHUVA 2

Thorin (Richard Armitage)

 

Peter Jackson, pourtant, était conscient de l’écueil. Mais ses tentatives pour le contourner ne convainquent pas. Puisqu’il ne peut annuler ses œuvres précédentes et que hobbits, elfes, nains ou orques sont connus, il veut, pour faciliter la transition avec Le Seigneur des anneaux, renforcer la fonction de prologue du Hobbit mais n’aboutit qu’à l’encombrer de références inutiles à la guerre future. Qui peut, sans connaître les prochains événements, comprendre la nécessité de ce conseil réunissant Gandalf, Saroumane (Christopher Lee), Galadriel (Cate Blanchett) et Elrond (Hugo Weaving) ? Lesté de deux trames, le film perd en cohérence et le caractère étriqué de la principale s’en trouve renforcé. Surtout, le cinéaste s’essaie à retrouver le ton et l’esprit, bien plus légers que celui de ses suites, du livre de Tolkien. Malheureusement, il ne parvient qu’à développer un humour gras, voire scatologique, le consternant personnage de Radagast (Sylvester McKoy) témoignant tout entier de l’échec. Quant à la quête initiatique du héros, elle est soldée par d’épouvantables dialogues sur le bonheur de posséder un foyer.

 

LHUVA 3

Gollum (Andy Serkis)

 

Il faudra donc se contenter du rythme soutenu d’un voyage fantastique, d’images et de personnages délirants (Gollum – Andy Serkis – en attendant le dragon Smaug). Pouvait-il en être autrement ? Il y avait sans doute matière à parcourir d’autres voies. Par exemple, en doublant le conte pour enfants d’une réflexion sur quelques-uns des nombreux éléments mis en jeu (les corps déformés et recomposés ou ces civilisations à leur apogée et décadentes). Ou en renonçant, sans mépriser la source, à l’évidence d’un monde donné d’avance pour interroger, à l’ère d’immenses ressources techniques ici toutes utilisées, la capacité du cinéma à créer du virtuel et le rapport entre les enjeux interne et l’externe. Peter Jackson a préféré le moindre risque. Reste un grand spectacle un peu vide.

 

LHUVA 4

Gandalf (Ian McKellen)

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 2

 

Le Hobbit : un voyage inattendu (Peter Jackson, 2012)

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Antoine 06/01/2013 20:19


J'ai l'impression, en fait, que Jackson ne peut s'en sortir.


Quant à Radagast, je ne vois pas trop comment le qualifier autrement...


 


Sinon, je l'ai vu en 2D.

Antoine 06/01/2013 20:18


Je ne sais pas trop pour les références au Seigneur des anneaux.

Benjamin 06/01/2013 19:00


En 3D et tout le tremblement. Mon avis détaillé sur notre blog. 


 


Ceci dit, même si ça vaut le coup pour les sensations éprouvées, ça dérange pas plus tes neurones ou ta matière grise.

nolan 06/01/2013 18:46


Tu l'as vu en 3D ? Ca vaut le coup ? 

Benjamin 04/01/2013 15:52


Pas grande réflexion en effet, seulement le beau reflet illustré des écrits de Tolkien et c'est pas si mal. Les évocations communes au Hobbit et au Seigneur des anneaux sont légions dans les
textes, et ne m'ont pas paru gêné le récit redécoupé par Jackson (les armes découvertes, le passage avec les trolls etc). Elles renforcent en revanche la sensation de déjà-vu.


Radagast scato, c'est un peu exagéré non ? Ceci dit, autour de ce personnage et de celui de Gandalf, l'insistance sur les bienfaits de cette herbe à fumée est surprenante.


 


Trois heures et on ne s'ennuie pas, on ne s'émerveille pas non plus si on le voit en 2D. Le film est sans surprise sauf, donc, la technologie qui l'accompagne (le 48 images sec même si peu
de salles en France ont permi d'apprécier ce rendu).


 

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