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When You're Strange

18 Juin 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

When You're Strange retrace l'histoire du groupe sur fond de mouvement hippie et de geste romantique. La grande qualité du film est d'avoir su exploiter les images d'archives – et notamment un film de Paul Ferrara et Jim Morrison – pour donner une tension dramatique et un zeste d'onirisme dans ce rigoureux documentaire.

 

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"People are strange when you're a stranger

Faces look ugly when you're alone

Women seem wicked when you're unwanted

Streets are uneven when you're down"

  People are strange (paroles de Jim Morrison mais la chanson est seulement créditée The Doors, sur l'album Strange Days, 1967)

 

La célèbre chanson des Doors, dont le premier vers du refrain donne son titre au film, résonne pendant que la voix de Johnny Depp narre les premières difficultés de Jim Morrison avec la célébrité. Car comment parler du groupe sans retracer le parcours de son charismatique chanteur ? Jim Morrison aura eu la beauté, l'inspiration poétique, le charisme et une bande de mecs doués pour faire de la grande musique. Tout est presque trop beau. La réussite fulgurante ne peut donner lieu qu'à une fin violente. L'histoire de la musique fut donc marquée à jamais par ce groupe de rock aux frontières du jazz et aux airs de carnaval, aux paroles mélancoliques sur des mélodies enjouées. De ma petite culture musicale, je connais peu de groupes qui furent à ce point transpercés par la personnalité de leur leader tout en maintenant un niveau d'excellence musicale. Il faut bien l'écrire, il n'y a pas grand-chose à jeter sur les six albums du quatuor comme il n'y a pas eu grand-chose de lamentable dans la tumultueuse carrière du chanteur. Et il faut saluer la prouesse de ce documentaire qui raconte une histoire que beaucoup connaissent sans pour  autant  perdre de son intensité dramatique. Cette réussite tient, à mon sens, sur deux très bonnes idées : 

 

doors.png

Jim Morrison

 

La première est l'utilisation des images d'un road-movie expérimental (HWY- an american Pastoral de Paul Ferrara et Jim Morrison, 1970) qui donne au film un ton onirique qui tranche avec le déroulement linéaire de l'histoire du groupe. On y voit Jim Morrison qui s'auto-prend en stop sur une longue route dans le désert américain. Il met la radio et entend l'annonce de sa mort (archive sonore ajoutée par le réalisateur). Des séquences de ce film serviront de fil rouge au documentaire. Voici le spectateur assis au côté de Morrison pour revivre l'histoire du groupe, jusqu'à la ritournelle Mr. Mojo Risin'[1].

La seconde est l'utilisation exclusive d'images d'archives. Vous ne trouverez pas de témoignages des protagonistes se rappelant le bon temps (Johnny Depp, le narrateur, se charge des citations). Les archives, qui sont pour la plupart inédites ou peu utilisées, sont suffisamment abondantes et parlantes pour raconter l'histoire du groupe, capter les moments de solitudes, les éclats, le jeu, d'abord évident puis incontrôlé, du chanteur avec son image. Ce que réussit When You're Strange grâce à un montage audacieux mais jamais confus. La voix-off est par conséquent parfois de trop, parfois didactique et c'est bien dommage.

 

     

"When you're strange

No one remembers your name"

   

Bah si.

 

Note de nolan : 3

 

When You're Strange (Tom Di Cillo, 2009).

 


[1] Dont je vous laisse découvrir l'origine et que l’on entend sur la chanson L.A. Woman (sur l’album éponyme, le dernier des Doors, datant de 1971).

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Antoine 29/06/2012 09:23


Oui, il me semble que la voix de Morrison a changé entre The Doors et L.A. Woman. Mais, bon, je ne suis pas spécialiste. Peut-être est-ce lié à la façon dont il la pose ou au
mixage. Peut-être est-ce aussi une surintéprétation qui voudrait que cette voix traduise, d'une certaine façon, la dégradation (pour le coup, physiquement visible) de son état - tout en
restant superbe.

Lalalère 27/06/2012 12:38


Ah merde, j'avais pas vu que c'était pas le même qui me répondait, sorry hein !


Pour les Arctic (vu au zénith aussi) faut pas oublier qu'ils n'ont que 25 piges dont 7 albums pour Turner, ça va quoi.


Donc y'a rupture d'avec les 2 premiers c'est vrai, mais ils se cherchent un peu je pense, et pis l'autre dandy anglais là avec sa voix y peut tout chanter, donc y s'amuse ! C'est encore du
pop-rock pour le prochain album, faut s'y résigner !


(j'ai cru voir beaucoup de Kubrick par ici ... vais lire ça) 

Lalalère 27/06/2012 08:20


Tu as raison pour leur imprégnation blues, c'est plus marqué sur le premier et dernier. (Five to one sur le troisième est un morceau excellent)


Tu trouves que sa voix a changé en 4 ans ? elle était déjà bien grave au départ, bon après, les excès l'ont rendu plus granuleuse encore, c'est sûr.


Je reste in love de The End (par dessus tout), People are strange, Peace Frog et L.A. Woman.


Si tu t'poses des questions sur Morrison pourrais peut-être y répondre hein, j'ai étudié son cas au bonhomme (Kurt Cobain et Jeff Buckley aussi, hé hé)

Antoine 26/06/2012 21:43


Ah, bah, tiens, on était tous les trois au même concert.


Sur les Doors, il me semble que l'influence blues est immense dès le départ et particulièrement prégnante sur le premier album. Dans les suivants, on la ressent moins et elle tend
presque à s'estomper dans The Soft Parade. Avant de reparaître, dans toute son évidence, sur L.A. Woman qui fait donc le lien avec le début. Curieux, puisque, Morrison
(notamment sa voix) et son groupe ont beaucoup changé en quelques années.

Lalalère 26/06/2012 16:47


Ah ben ça nous fait un point commun alors ... et un bon !


Je les ai vu en concert en février à Paris, sur scène ça gère, y'a pas à dire. Alex sa voix gagne dans les graves, limite crooner même, mais suis nostalgique de sa gouaille des débuts, et quelle
écriture.


(et avec les Last Shadows il est brillant aussi)


Humbug est très très bon tu sais. Moins accessible mais intemporel.


Ah, au fait, 2 choses : Kurt Cobain avec Nirvana = Jim Morrison avec The Doors


                                et pis
je viens de chez Fred et ses velus, c'est plus poli comme ça !


Chouette blog soit dit en passant.


 

nolan 26/06/2012 22:47



Ah Fred et ses cache-caches ! Bienvenue ici en tout cas, moins de jeu moins de photos magnifiques de Charlize Theron et Michael Fassbender, mais bon visiblement Antoine compense par ses écrits
sur Gus Van Sant !


J'ai vu les Arctic Monkeys à Rock en Seine, exécution parfaite des morceaux, son nickel mais pas bien chaleureux avec le public. J'étais aussi au Zénith (voir Antoine ci dessous) et là, un sacré
charisme (un son moyen mais bon c'est souvent comme ça au Zénith). 


Je connais très bien tous les albums. les deux derniers sont très bien mais moins bien que les deux premiers, je trouve. J'adore leur morceau inédit R U mine ?



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