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L’Attente des femmes

27 Avril 2011 , Rédigé par Ran Publié dans #Critiques de films anciens

Bergman précoce et mineur souffrant de certains défauts, L’Attente des femmes est néanmoins un film intéressant et ambigu. Avec en son cœur, une fine analyse du jeu amoureux que le maître suédois ne cessera d’approfondir dans la suite de son œuvre.

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LADF 1Affiche de L’Attente des femmes (Ingmar Bergman, 1952)

 

Si L’Attente des femmes (1952) est déjà le onzième long-métrage d’Ingmar Bergman, on peut toutefois encore le considérer comme une œuvre précoce notamment parce qu’il est réalisé avant que le Suédois n’accède réellement à la grande reconnaissance critique avec Un été avec Monika (1953) puis qu’il n’intègre définitivement le panthéon du cinéma mondial, à l’une des toutes premières places, en réalisant une longue suite de chefs-d’œuvre (on en oublie beaucoup mais citons-en quelques-uns tout particulièrement marquants à nos yeux : les majestueux Le Septième Sceau et Les Fraises sauvages, tous deux sortis en 1957, L’Heure du loup en 1968, Cris et chuchotements en 1972, L’Œuf du serpent en 1977, Sonate d’automne en 1978 et le sublime Saraband pour conclure en 2003, quelques-années seulement avant sa mort). Ici, le dispositif, assez efficace, met en présence cinq femmes (Annette – Aina Toibe –, Karin – Eva Dahlbeck –, Rakel – Anita Björk –, Marta – Maj-Britt Nilsson – et Maj – Gerd Andersson –), plus ou moins jeunes, qui, comme le titre l’indique, attendent leurs maris (tous liés par le sang et l’argent) et confrontent leurs souvenirs amoureux, le film multipliant les flashbacks et apparaissant, d’une certaine manière, comme une suite de sketchs qui se répondent entre eux.

 

LADF 2Les cinq femmes : Marta (Maj-Britt Nilsson), Rakel (Anita Björk),

Maj (Gerd Andersson), Karin (Eva Dahlbeck) et Annette (Aina Toibe)

 

Avouons-le, quoique déjà assez précise, la mise en scène apparaît quelque peu boursouflée (on est donc loin de la magnifique sobriété qu’atteindra le maître suédois dans ses plus grands films), le réalisateur ne lésinant pas sur les effets parfois pompeux (notamment dans l’utilisation, pas toujours judicieuse, de la musique) et le symbolisme nous semble souvent excessif. En outre, à trop hésiter entre humour et drame et à mobiliser différentes esthétiques, l’ensemble semble parfois manquer de cohérence. Aussi, sans être vraiment raté sur ce point, L’Attente des femmes déçoit-il légèrement sur la forme même s’il connaît quelques moments de grâce (notamment cette séquence, d’une très grande charge érotique, entre Rakel et son amant Kaj – Jarl Kulle –). Par contre, il séduit sur le fond et s’impose comme un jalon important de l’œuvre bergmanienne. En effet, l’auteur analyse avec une très grande finesse le couple et le jeu amoureux interrogeant des sentiments et problèmes aussi divers que les illusions de jeunesse et de bonheur, la solitude, la fidélité, le dégoût de l’autre, le bonheur, la jalousie, les conventions sociales, les difficultés de communication, les instants magiques qui ne durent pas, le temps qui s’en va et est irrémédiablement perdu… Ainsi, à travers les confidences que se font les cinq femmes, c’est une aussi claire que lucide mise à nu de la comédie amoureuse des apparences que livre Ingmar Bergman. Il ne cessera, on le sait, d’y revenir dans la suite de sa carrière. Il le fait ici avec une tonalité douce-amère, L’Attente des femmes laissant au final une impression ambigüe puisque, sans être du tout optimiste, il ne se teinte pas de trop de noirceur. Ainsi, à l’extrême fin du film, Paul (Hakan Wetsergren), l’époux d’Annette (et l’homme le plus âgé qui tient peut-être un rôle de sage), dont le mariage a été marqué par l’ennui, dit à Marta à propos des jeunes Maj et Henrik (Björn Bjelfvenstam) qui s’enfuient pour éviter les compromissions : « Laissons-les partir. Ils reviendront un jour ou l’autre (…). Bientôt viendront les blessures, la prudence et tout le reste ». Cela semble bien être la morale de L’Attente des femmes. Elle demande tout de même à être creusée. Ingmar Bergman s’y attellera, sans gaieté aucune mais avec tout le bonheur que l’on sait, pendant les cinquante années qui suivront.

 

LADF 3Maj et Henrik (Björn Bjelfvenstam)

 

Ran

 

Note de Ran : 3

 

L’Attente des femmes (Ingmar Bergman, 1952)

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Ran 01/05/2011 18:46



Je ne connais pas les Bergman antérieurs à L'Attente des femmes (mais j'ai Vers la joie dans ma pile de DVD à regarder un jour). Je trouve que le film a de belles qualités mais
je considère tout de même qu'il a parfois un peu de mal à trouver un ton complètement juste, oscillant entre plusieurs styles. C'est pourquoi je le trouve inférieur à d'autres Bergman (et j'adore
un film - plus que - torturé comme L'Heure du loup). Il est toutefois clair qu'il s'agit d'une oeuvre très intéressante.



Vincent 01/05/2011 10:08



J'ai un excellent souvenir de ce film et, d'une façon générale, j'apprécie plus la période des années 50 que les films plus torturés de la fin des années 60. Je tiens Bergman pour déjà
remarquable dès "La fontaine d'Arethuse" (un de mes films préférés) et "Vers la joie". Je ne pourrais disvuter plus en détail de la mise en scène de celui-ci, parce que ça fait longtemps que je
ne l'ai vu, mais je me souviens que quand il a repris un dispositif similaire avec "Toutes ces femmes" dans les années 60, c'était plutôt raté.



Ran 28/04/2011 23:33



C'est vrai qu'il est beau ce titre (quoique ma connaissance du suèdois étant assez lacunaire, je ne puisse confirmer qu'il s'agisse là d'une traduction exacte).


Quant au mystère, il aura travaillé dessus - et de manière plus subtile encore que dans L'Attente des femmes - mais l'aura-t-il percé ?



FredMJG/Frederique 27/04/2011 21:20



Le titre déjà est magnifique. Sacré Ingmar, il aura passé sa vie à essayer de percer le mystère :)



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