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Sils Maria : Contre-proposition ?

28 Août 2014 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

"Oh non un film sur les actrices !" me suis-je intérieurement lamenté au début du film, "oh ouais un film sur le cinéma !" me suis-je tout aussi intérieurement exclamé à mesure que le film avançait. C'est ma critique du film. Antoine a fait (un poil) plus long. nolan

 

Bribes et fragments

Sils Maria (2014)

Sils Maria (2014)

Contre-proposition ? – Film sur le cinéma, se hissant parfois sur des cimes exceptionnellement élevées, Sils Maria fonctionne comme une sorte de complément, plus encore que de double, au récent Map to the Stars. Dans chaque image, elle-même composée d’une multitude d’autres sans qu’aucune source ne puisse jamais être découverte, du nouvel opus d’Assayas se révèle la volonté de trouver, en le poussant à ses limites, à quel point exact le cinéma est arrivé. Quoique moins sensitive et plus analytique, plus centrée sur le propos que sur la forme, in fine moins esthétique et plus éthique, la démarche de Cronenberg est proche, puisqu’elle pousse sa logique à bout pour déterminer le chemin qu’emprunte le cinéma et ce vers quoi il le mène. Or, les conclusions sont diamétralement opposées. Chez Cronenberg, il n’y a pas d’échappatoire à un suicide annoncé de longue date, chez Assayas, la possibilité d’une reconstruction est préservée. Ailleurs, pour Valentine (Kristen Stewart). Après la disparition de l’indispensable pour Maria (Juliette Binoche). Chacune ayant cherché chez l’autre ce qu’elle ne pouvait lui apporter, leur collaboration-passion était condamnée. Pourtant, en mettant en scène la fin de celle-ci autour de la répétition d’une pièce, Assayas développe, sous l’apparente gravité d’un drame universel, un discours résolument optimiste. Si l’on ne peut complètement nier l’âge, l’argent ou les rapports de force, le déterminisme n’est jamais absolu. Maria est trop vieille pour jouer le personnage de Sigrid mais rien ne l’oblige à devenir Helena. Valentine, la jeune assistance comprend, elle, le rôle de la femme d’affaires déclinante, se glisse dans sa peau mais lui invente un nouveau destin. Constante mais menacée d’infinies variations, la figure de la mise en abyme ne couvre pas celle de l’enfermement.

La certitude de l’auteur découle d’une autre, plus féconde d’espoirs encore : la capacité de chacun à faire valoir sa propre subjectivité. Mais elle en entraîne une nouvelle, peut-être plus terrifiante que tout ce que peut affirmer David Cronenberg : dans chaque trajectoire individuelle, de même que dans le statut d’une image, il n’y a plus aucune objectivation possible. Malgré quelques grognements – Les extraits d’un X-Men recréé de toutes pièces[1] et censément en 3D sont les seules images parfaitement plates de Sils Maria ;un double du réalisateur, faisant une opportune apparition dans l’ultime séquence, n’admet pas que les films ne soient qu’un objet parmi d’autres dans la vie téléréalisée de starlettes –, Olivier Assayas accepte ce relativisme extrême. Sils Maria, baigne dans un tout autre univers qu’Après mai, son œuvre précédente, mais aboutit, sans drame aucun, à la même fin des utopies c’est-à-dire au vieux « chacun a ses raisons » de Jean Renoir. Que les artistes soient désormais de grands communicants n’est pas si grave. Assayas lui-même, dans un prolongement évident de la mise en abyme, vend Sils Maria comme sa rencontre enfin effective avec Juliette Binoche et vante la confrontation-compagnonnage entre celle-ci et Kristen Stewart. A cette dernière, il offre aussi la possibilité d’incarner, à l’instar de Cronenberg avec Pattinson, le parfait trait d’union entre toutes les formes de cinéma et, pour ceux qui restent uniquement fascinés par les acteurs, d’être à la fois, bien plus que Chloë Grace Moretz qui tient ce rôle dans le film, une actrice classique comme Binoche et un produit marketing à la Lindsey Lohan. Ce régime général d’équivalence, cette vision pacifiée peuvent satisfaire ou effrayer. Elles semblent en tout cas aux antipodes de la rage, très contrôlée, de Cronenberg. Mais peut-être Sils Maria et Maps to the Stars ne sont-ils, au fond, que deux faces d’une même pièce indiquant que la liberté et le néant ont, si ce n’est déjà fait, vocation à se rejoindre. Après tout, dans son tropisme égalitariste, le projet démocratique porte en lui la dégénérescence des ordres sociaux et il est peu probable que cela signifie autre chose que la fin de l’idée de société. Des égaux ont-ils quelque chose à faire ensemble ? Toujours est-il que, après avoir rejoué, pour la millième fois, un mythe grec, Agatha et Evan s’immolent par le feu, alors que Maria et Valentine, déjouant une pièce contemporaine jamais écrite, s’éloignent irrémédiablement l’une de l’autre…

 

[1] Au-delà de sa laideur volontaire, ce passage est extrêmement surprenant car il donne l’impression qu’Olivier Assayas considère que les films de super-héros et une série comme Twilight appartiennent au même univers. Or, les premiers ne visent pas le même public et surtout n’engendrent pas le même coût que la seconde. De la part d’un réalisateur qui maîtrise à ce point les images et connaît parfaitement le système de production, une telle confusion entre blockbusters et série B intrigue. Sauf à considérer qu’il vise à atteindre une impossible représentation uniforme des films hollywoodiens qui seraient les seuls à encore créer des images universelles et à sens unique.

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