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Magnéto/Fassbender, le coup du chapeau

31 Juillet 2014 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Pour le grand retour de la rubrique Bribes et Fragments, Antoine nous parle de Michael Fassbender dans le dernier X-men. L'acteur ne serait-il pas en train de devenir le pendant masculin de Scarlett Johansson sur le blog ? nolan

Magnéto/Fassbender, le coup du chapeau

Magnéto/Fassbender, le coup du chapeau – Si l’on oublie le sublime, mais désormais paléolithique, Batman Returns de Tim Burton et que l’on place à part l’intéressant, mégalomane et mal maîtrisé Dark Knight de Christopher Nolan, il est évident que le film de super-héros, phénomène industriel majeur de ce quinze dernières années, recèle un potentiel artistique des plus limités. La nature du genre et les contraintes de la production s’additionnent pour que cette conclusion ne souffre aucune contestation. Purs pop-corn movies, les films de super-héros n’existent que pour faire revivre les phantasmes adolescents de la toute puissance. Aussi, suffit-il de quelques critères simples – un pléonasme mais c’est dire dans quel registre étriqué ils se situent – pour les juger. Pour l’essentiel, le spectacle, le rythme, l’aura des personnages avec et sans le masque, l’efficacité du scénario, la distance prise avec l’ineptie consubstantielle de celui-ci, la présence ou non de discours moralisateurs et/ou idéologiques tout faits. Une fois la grille remplie, la sentence tombe aussi aisément que sûrement. Le produit est au pire toxique, souvent indigeste ou possède parfois un goût – de synthèse – pas désagréable du tout. Les récents Amazing Spider-Man 2, Iron Man 3 et Avengers fournissent chacun un exemple de ces trois catégories. Puisque nolan et moi cultivons une certaine nostalgie de ce que nous avons cru être et consommons, avec boulimie mais sans aveuglement, lesdits films de super-héros, bien d’autres sont commentés dans ces pages. On s’apercevra alors qu’ils sont abonnés, en notation De son cœur, aux 0, 1 et 2. Il arrive cependant que l’un d’eux vaille un peu plus et puisse honnêtement être considéré comme un bon film. Les Spider-Man de Raimi – l’opus initial, d’une densité surprenante, surtout – Kick-Ass et X-Men : First Class, tous deux de Matthew Vaughn, méritent, à mon sens, d’être considérés comme tels. Le X-Men : Days of Future Past de Bryan Singer – réalisateur qui n’avait pas complètement convaincu sur ses deux premiers X-Men et son Superman Returns – également.

Mais, à quoi reconnaît-on que la énième déclinaison d’une franchise, qui, avec les deux épisodes exclusivement consacrés à Wolverine a touché le fond[1], est-elle un bon film ? Evidemment au fait que les critères précédemment énoncés sont parfaitement remplis mais il ne s’agit que d’un préalable. Ce qui fait ici la différence, ce sont les détails et ce X-Men-là en regorge. Leur polissage extrême, s’il n’apporte aucune profondeur à l’ensemble, lui offre une riche ornementation, une originalité même qui surprend dans un genre si standardisé. Certes, c’est une recette déjà éprouvée qui fonctionne à nouveau, puisque après celle des sixties pour First Class, c’est dans l’ambiance recréée des seventies que Days of Future Past puise l’essentiel de son originalité. On peut même considérer que le travail de Singer se situe un ton en-deçà de celui de Vaughn, le traitement de la relation Magnéto/Xavier étant, indiscutablement, d’une finesse moindre.

Toutefois, sans creuser plus que nécessaire, le cinéaste montre sa capacité à jouer avec les faces internes et externes de sa grosse machine. Ce qui n’est pas tout à fait rien. Magnéto étant sans conteste le personnage le plus charismatique des X-Men[2] et celui-ci apparaissant affaibli au début de l’intrigue, l’enjeu principal n’est pas loin de se résumer à la restitution de sa primauté au sein de l’univers mutant. Quand cela, fatalement, intervient, Singer soigne particulièrement la mise en scène. L’idée de base est simple : un super-héros n’est lui-même qu’encostumé – beaucoup de films ont déjà joué sur la nécessité de leur faire porter ces tenues criardes issues des comics originels. Magnéto doit ainsi reprendre ce casque qui bloque les ondes télépathiques de Xavier c’est-à-dire ceindre sa couronne. Or, le personnage a la chance d’être incarné par Michael Fassbender, fort correct acteur qui s’impose comme l’une des icônes de l’époque. A la classe de Magnéto va donc correspondre celle d’un interprète tout aussi magnétique et qui, dans ladite séquence, doit être portée à son summum. Pour son sacre, que Magnéto organise lui-même – aussi suprêmement indépendant dans la fiction qu’il est strictement encadré dans la production –, il arbore, lui aussi, un costume parfaitement taillé et un borsalino – appelé fedora par les anglo-saxons – du plus bel effet. En troquant un couvre-chef contre un autre, une absolue star de cinéma devient un personnage de cinéma rêvé. Et les différentes attentes du public, reliées par Singer d’un signe d’égalité, fusionnent. L’un de ces détails qui achèvent de donner un certain cachet.

 

Antoine Rensonnet

 

[1] Une honorable volonté de transparence m’oblige à reconnaître que je ne me fie qu’à des ouï-dire nolaniens concernant le premier. Mon acolyte, en effet, le tient – ce que je n’ose imaginer – pour plus consternant encore que le second. Celui-ci, je le sais pour l’avoir subi l’été dernier, est pourtant abyssal de médiocrité.

[2] Le bourrin Wolverine, auquel Hugh Jackman prête ses traits et, surtout, ses muscles de plus en plus stéroïdés, a aussi ses fans. Cela lui vaut de figurer en très bonne place dans l’histoire de Days of Future Past. Et, bien que Singer y soit moins attentif qu’avec Magnéto/Fassbender, il joue aussi de la relation Wolverine/Jackman.

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